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Chevaliers et plages
MALTE, ETE 2002

MALTE, ETE 2002

Récit rédigé par Edith et Rodéric

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Nous avions hésité pendant plusieurs mois entre deux destinations : le Portugal, où nous aurions rejoint un ami installé à Lisbonne, et découvert son univers ; ou Malte, où un collègue d'Edith, Julien Scicluna, nous proposait de nous prêter un appartement.

Nous connaissions déjà cette île, située au sud de la Sicile, pour y avoir séjourné quelques jours six ans auparavant, alors que nous attendions la naissance d'Edoxie. Notre séjour précédent avait vraiment été affecté par la grossesse d'Edith dans la mesure où elle l'empêchait beaucoup de se mouvoir, d'une part. D'autre part, nous avions préféré éviter tout déplacement en transport en commun en constatant le mauvais état de la route entre l'aéroport et la capitale, et l'absence cruelle d'amortisseurs dans les bus. Nous nous étions donc cantonnés à rester dans la capitale.
Pendant ce séjour en décembre 1995, nous avions noté que Malte était un pays parfait pour faire découvrir le Voyage aux enfants : suffisamment d'exotisme, mais pas trop pour ne pas déboussoler les chérubins ; une hygiène tout à fait correcte, et donc pas besoin de faire tout le temps attention à ce qu'on mange.
Le choix avait donc été opéré sur cette base d'enthousiasme.

Dimanche 14 juillet 2002

Nous avons quitté Pélussin sous le mauvais temps, un dimanche de juillet où nous doutions que ce soit bien l'été. Enfiler une polaire dans la journée, alors qu'on allait être à Malte quelques heures plus tard ! !
A l'aéroport Saint Exupéry, beaucoup de monde. Rodéric prend une feuille de papier, la déchire en trois et écrit notre numéro de portable dessus. Chaque enfant doit ensuite glisser cette étiquette d'identification dans sa chaussure ; comme ça, si on se perd dans la foule, on peut nous appeler, au sein même de l'aéroport. Fine mouche, le papa …
Au magasin détaxé, je craque pour une bouteille d'un parfum que j'adore et que je n'ai plus trouvé depuis fort longtemps. Ca fait idiot de le dire, mais qu'est-ce que ça me fait plaisir de la savoir dans mon tiroir, cette bouteille-là !

Les enfants sont sacrément excités, et n'arrêtent pas de bouger, de se chamailler, une fois dans la salle d'embarcation.
Au décollage, c'est l'allégresse. J'entends encore les cris de joie de Zoé Cybèle et Edoxie, disant, avec toute leur fraîcheur " ça y est, on vole, on est au-dessus des nuages, regarde ! ! ". Je vous assure, elles criaient de bonheur, et je souhaite à tout un chacun d'entendre un jour un enfant s'exclamer comme ça.

Le soleil couchant sur les Alpes a accompagné le premier dîner des enfants en avion. Au grand bonheur des filles, nous récupérons la dînette d'Air Malta. Calixte avait déjà pris l'avion avec nous, bébé, mais il n'avait que de vagues souvenirs. Il se rappelait surtout la forme de la cabine des passagers. On peut donc considérer que c'était leur baptême de l'air à tous les trois. Nous n'apercevons pas de feu d'artifice, alors que c'est Fête Nat' en France.

Après avoir survolé Gozo, l'île voisine de Malte, nous arrivons sans problème. Nous sommes heureusement surpris par la bonne organisation des taxis : un comptoir centralise toutes les demandes (peu nombreuses à cette heure tardive), et un prix forfaitaire, en fonction de la destination, est affiché. Donc pas de surprise et pas de négociation de la course avec le chauffeur (15 Euros). Nous tombons sur un jeune homme, qui roule vraiment vite. En embarquant dans le taxi, Rodéric monte spontanément du côté du conducteur, habitué qu'il est à considérer que le passager s'assied à la droite du véhicule. Manque de bol, ici, on conduit à gauche. Je prends Edoxie sur mes genoux et, pendant le trajet, me dis " tiens c'est rigolo, la voici sur mes genoux alors qu'il y a quelques années, elle était dans mon ventre ".

Le goudron brille tellement dans la nuit qu'on se demande s'il n'a pas plu. Le chauffeur, auquel nous avons parlé d'un arrêt de bus et d'un terrain de jeux près de l'appartement que nous cherchons, nous arrête dans la mauvaise partie de St Paul's Bay. Heureusement, mon collègue m'avait montré une photo de l'immeuble, et je vois bien que ce n'est pas la bonne adresse. Nous essayons l'autre partie de la ville et, après avoir tournicoté, trouvons l'appartement. Le chauffeur a la gentillesse d'attendre que j'aie ouvert la porte de l'allée avant de redémarrer. Nous n'avons pas de monnaie pour le pourboire (billets tout neufs sortant du distributeur - ATM in English) mais le chauffeur nous souhaite quand même un bon séjour. Nous étouffons, avec nos pantalons et nos sweat-shirts. Il doit y avoir vingt degrés de différence avec la France.
Il nous reste maintenant à ouvrir la porte de l'appartement, et c'est là qu'on rigole. Pas de lumière dans l'allée. Selon un système maltais, celle-ci est commandée à partir de chaque appartement, et celle qui correspond à notre logement n'est manifestement pas activée. J'essaie d'actionner les clés, zut, ça ne marche pas. Evidemment, tout cela se passe dans un silence relatif, car il n'est pas question de réveiller les voisins : il est plus de minuit. Je passe la main - ou plutôt, les clés - à Rodéric qui n'y arrive pas non plus. Allons-nous être obligés de dormir sur un palier de deux mètres sur un, avec trois enfants et des bagages ?
J'essaie tous les boutons de l'allée, à tous les étages, en implorant le ciel que ce ne soient pas des sonnettes, et finalement, la lumière EST. Et Rodéric arrive enfin à ouvrir la porte. OUF !
Nous installons les enfants, après avoir visité notre nouvelle résidence et apprécié la délicatesse de notre hôte qui a laissé suffisamment de nourriture et d'eau fraîche pour nous permettre de démarrer notre séjour.

Lundi 15 juillet 2002

Au petit matin, c'est le coq qui nous réveille. Un coq qui réside dans une cour à côté. Calixte l'entend, tout comme nous, et pense que c'est " une femme qui chante faux dans un micro ". Et c'est vrai qu'il a une voix sacrément éraillée, l'oiseau, on se demande pourquoi il continue à s'égosiller comme ça. A la fin du séjour, on ne l'entendra plus, par habitude.

Peu après l'épisode " COQ ", c'est l'épisode " SCHBLING ! ". Mais alors, un immense SCHBLING, qui me fait littéralement sau-ter du lit à 7 heures 30 et courir vers le lieu du crime.
C'est une des portes-fenêtres du séjour de notre appartement qui vient de succomber à un courant d'air vraiment trop fort pour elle. La pauvre, elle a passé la nuit à subir les assauts du vent, pour essayer de nous donner un peu de fraîcheur. A Malte, les fenêtres s'ouvrent vers l'extérieur, et ça permet d'installer des moustiquaires sur de deuxièmes fenêtres, intérieures, en bois.
Donc, à peine installés dans un appartement et un quartier qu'on ne connaît pas, voilà un joli petit problème technique qui se pose. Heureusement, aucun passant n'a reçu de morceau de verre sur la tête. Rodéric ramasse le verre brisé, sur le balcon et dans le séjour, sort chercher du pain pour le petit déjeuner et un artisan. Nous descendons à nouveau tous les deux dans la rue pour parler avec l'artisan qu'il a trouvé (un fabricant de cuisines intégrées qui va nous envoyer son fils), et pour acheter une casserole d'une taille adaptée aux appétits familiaux.
L'après-midi, Rodéric emmène les enfants à pied à une mini-plage de sable à St Paul's Bay. De notre appartement, par la vitre de la fenêtre nouvellement installée (n'appuyez pas, voyons, le mastic est encore frais …) nous apercevons la mer et l'île où Saint Paul est censé avoir fait naufrage, ce qui lui a donné l'occasion d'évangéliser Malte au passage.

Le soir, dîner au restaurant modeste qui anime la plage de St Paul's Bay . Les enfants, très originaux dans leurs choix, prennent des frites. J'essaie un sandwich maltais : du pain de campagne en deux tranches épaisses, du concentré de tomates, du thon en miettes, et un filet d'huile d'olive. Fastoche, et pas mauvais.

Mardi 16 juillet

A Malte, il n'y a pratiquement pas de supermarchés, juste des supérettes avec un rayon "delicatessen" (traiteur) où il faut chaque fois attendre son tour. Comme nous n'avons pas de voiture, et un frigo vraiment petit, il faut faire des provisions très régulièrement.
Julien, mon collègue, m'avait fait un plan du quartier et des commerçants locaux.
Calixte et moi descendons acheter des légumes à un revendeur, qui vend les légumes et fruits dans son camion, dont les bâches latérales ont été ouvertes pour donner accès aux bacs des différents produits. Je me familiarise avec les prix, et constate que seules les tomates sont moins chères qu'en France. Les fruits, importés, sont chers, et nous allons manger des pommes et des oranges pendant la majorité du séjour.

plan de La Vallette

Vers 11 heures, on se lance, on prend le bus pour La Valette, capitale de cette immense île de 25 km par 30. Nous attendons le bus fort longtemps, mais c'est la seule fois qu'on a commencé à désespérer d'arriver à décoller de l'arrêt de bus. A l'Office du Tourisme, on nous donne un plan des bus desservant l'île, assez sommaire, mais qui nous a finalement suffi.
La rue principale de la capitale est très peuplée et décorée par des bannières très colorées, c'est vraiment beau. La Valette est construite sur une presqu'île, avec un plan en damier (Merci Monsieur de la Valette) ; la rue centrale piétonnière occupe le sommet de la crête et est pratiquement horizontale tandis que les rues perpendiculaires montent et descendent. L'architecture est homogène, de style baroque. La ville est animée dans la journée mais la nuit, aucune vie, la majorité des Maltais préfère vivre dans les villes alentours. Nous visitons la Co-Cathédrale St Jean, dont le sol est couvert des pierres tombales en marqueterie de marbre de tous les Grands Maîtres des Chevaliers de l'Ordre de Malte.
En fait, en français, on parle des Chevaliers de Malte alors qu'en anglais, on parle des Chevaliers de l'Ordre de Saint Jean (" de Jérusalem " est en option). Les Chevaliers, à qui Charles Quint a confié Malte pour défendre la chrétienté contre les Turcs (Soliman le Magnifique), ont dans un premier temps fortifié l' île puis ensuite, la menace s'éloignant, les chevaliers devenus corsaires à leur tour (la course), ont profité de leur richesse pour couvrir l' île de monuments.
Dans la cathédrale, Edoxie fait quatre prières sur un prie-dieu collectif, et elle pâlit d'envie devant tous les objets religieux qui sont exposés dans le magasin de souvenirs du lieu.

Les rues et balcons de La Vallette

Nous marchons jusqu'au bout de la péninsule sur laquelle est bâtie la capitale, pour visiter le Fort qui la termine. Mais il est fermé, il faudra attendre un samedi pour le visiter. Pas de problème, les mecs, on a toute la vie pour ça.

Devant l'entrée du Fort, un conducteur de calèche me parle d'une voix mollassonne en essayant de voir de quelle nationalité je suis. Quand il se connecte en mode " Français ", il essaie de me proposer un tour en " la chafal ". Une seconde, je me demande ce qu'il baragouine et active rapidement le mode " petit prof de prononciation ".
Edith : - " in French, you don't say " la chafal ", but " le cheval "
Le calècheur : - ah, " la chafal "
Edith : - " no, le cheval "
Le calèchien : - " la chafal "
Edith : - " no, le / che / val "
Enfin, bref, mes amis, y'en a qui sont vraiment indécrottables, c'est le cas de le dire.

Le temps court, ça va bientôt être la pause de l'après-midi, qui s'étend de une à quatre heures, et au cours de laquelle la vie s'arrête littéralement, assoupie par la torpeur.
Il faut vite qu'on trouve de la nourriture pour le pique-nique. Nous achetons des tomates (succulentes), des oranges (pas maltaises), du jambon, des olives (dénoyautées et coupées en fines tranches) dans la Halle couverte que nous connaissions déjà avec Rodéric. Pratique, de débarquer dans une ville qu'on connaît déjà, avec les enfants. Comme ça, on leur évite de trouver leurs marques, et on va droit au but.
Il nous reste à trouver du pain, encore quelques minutes. Nous demandons à des gens dans la rue. " Regardez, la boulangerie est juste là ". On passe une fois, deux fois devant l'endroit mystérieux, toujours le même indiqué par des interlocuteurs différents. Finalement, un troisième pelot nous emmène, presque par la main, et pointe du doigt une sombre allée, à l'extrémité de laquelle nous trouvons un atelier qui fabrique du pain. Je n'avais jamais vu un truc pareil, c'est vraiment l'achat à la sortie du fournil. Le pain est chaudement frais, et délicieux. Nous avons aussi acheté des " pastizzi ", de très bons feuilletés salés à la riccotta, à manger tièdes, ainsi que des tranches aux amandes et aux cacahuètes, recouvertes de sucre glace rose vif, des " bretzels " sucrés au sésame, des tartes aux pommes couvertes, comme dans les pays anglo-saxons.

 

Nous déjeunons aux Upper Baracca Gardens, un jardin public qui surplombe tout un côté du port et donne surtout sur trois villes fortifiées situées en face de la capitale. C'est magnifique, cette vue en hauteur d'une mer bleu foncé et de toute cette architecture blanc cassé, en gros blocs de calcaire. Nous apercevons un catamaran, mouillé en face de nous. Edoxie demande sérieusement si on fait du karaté dessus (on y pratique des katas marrants ?).
 Le jardin public est envahi de hordes d'ados français, envoyés par leurs riches parents apprendre l'anglais et qui se retrouvent en fait à faire du tourisme entre français et à manger des glaces en gloussant et en traînant des baskets pas lacées. Blague à part, la formule de séjour en école de langue ne semble pas tip top ; par contre, un séjour dans une famille ou même mieux pour une année universitaire, semble une bonne façon d'apprendre l'anglais dans un pays assez tranquille. Il faut quand même noter qu'à part dans les milieux huppés, la langue parlée est le maltais, langue qui va devenir une langue de la CEE. Les maltais semblent très fiers d'avoir " arraché " ce compromis à la Communauté, mais sera-ce une victoire à la Pyrrhus car avec des mesures aussi absurdes, l'avenir de l'Europe est assez sombre.

Pour ceux qui m'ont suivie, on est le 16 juillet, et vous devriez tous savoir que le 17, c'est l'anniversaire de Zoé Cybèle. Son cadeau, elle l'avait déjà eu, mais on lui avait dit que si on lui trouvait une paire de sandales sympa à Malte, ce serait son deuxième cadeau… Et en avant, pour une visite de toutes les vitrines de La Vallette ! Avec l'affluence d'un samedi, génial. Curieusement, la pointure 35 se trouve systématiquement au rayon adultes. Finalement, juste avant de repartir de la capitale, on en trouve une paire, rouge, pour aller avec ses yeux (ah non, ce n'est pas ce qu'il fallait dire).
Nous rentrons aussi dans un magasin qui vend tout à une livre maltaise (environ 16 francs, et ne me demandez pas combien ça fait en euros). Calixte veut absolument s'acheter un arc et des flèches, mais comment ça tiendra dans nos bagages ? Alors la réponse est NON.

Au retour, notre bus est ralenti par une procession religieuse qui sort d'un cimetière, complète avec enfants de chœur en aube blanche et dentelles (dont l'un porte, en avant, une croix argentée) et une armada de prêtres et de fidèles. Dans Floriana, nous remarquons des statues pieuses, aux couleurs pimpantes, qui servent de lampadaires.
Les bus sont de vieux Bedford, sans doute hérités du colonialisme anglais (Malte est indépendante depuis 1874). L'un d'eux a son levier de changement de vitesses entouré d'un tuyau en plastique cannelé. Pour le préserver d'un vieillissement précoce ? Cette vétusté n'empêche pas la régie des transports d'équiper progressivement tous les véhicules de l'île d'un futur système de billetterie électronique. Un sacré contraste. Pour l'instant, on paie sa place au chauffeur, en entrant, les Maltais ont la monnaie, les touristes, non !.

Au bout de deux jours, nous commençons à nous dire que nous avons déjà rencontré beaucoup de personnes dodues et leur nombre ira croissant au fil de notre séjour, car le Maltais moyen est bien enrobé, il faut le dire. J'en ai discuté avec Julien, mon collègue, qui pense comme moi que c'est à cause de leur mauvaise alimentation (qui l'eût cru ? - attention le jeu de mots sur " cru "). On voit constamment des gens boire des sodas (pour ne citer aucune marque internationalement implantée, même dans les tréfonds de l'Asie), et manger des chips ou des saloperies pleines de graisses. Que ceux qui sont bien enveloppés viennent à Malte, ils se sentiront d'une sveltesse décomplexante.

Mercredi 17 juillet

Rodéric va acheter du pain avec Zoé Cybèle, à laquelle la journée est dédiée (je tords le cou à ceux qui ne se souviennent pas pourquoi).
Nous découvrons progressivement les commerces alentour : cette fois-ci, nous avons déniché une super boulangerie, Gormani, extrèmement bien garnie. On y fabrique un délicieux pain aux six céréales, il y a de mini-boules de pain blanc ou complet (hum ! au petit déjeuner !), et une kyrielle de déclinaisons du pain, ainsi que des pâtisseries, à la pièce ou en paquets. Les enfants, ces horribles gâtés, tordent le nez devant le pain frais au sésame, car il est sans sel. Zoé Cybèle trouve encore deux petits cadeaux autour de son petit déjeuner, l'ayant suivie depuis la France (je dis juste ça pour ceux qui penseraient que nous ne sommes pas des parents modèles).

Nous prenons le bus 45 jusqu'à Mellieha Bay. La plage est couverte de parasols de locations. A l'inverse du système français, on a le droit malgré tout de planter gratuitement notre modeste parasol, au milieu de ceux des plagistes. Location d'une chaise longue, 25 francs la journée (chipotez pas avec les euros).
Enfin du sable pour les enfants. Calixte remodèle le Fort Saint Elmo, de la Vallette, et il n'a pas oublié sa forme en étoile. La plage est idéale pour Edoxie, car l'eau est extrêmement claire, et peu profonde sur beaucoup de longueur.
J'emmène Calixte et Zoé Cybèle nager jusqu'à la limite de la zone réservée aux nageurs.

Retour dans un bus qui devient archi bondé au bout de quelques kilomètres. Calixte transpire beaucoup, il a très mal à la tête et est tout pâle. Vous avez deviné la suite ?
Ben non, il ne vomit pas DANS le bus bondé, où j'aurais eu toutes les peines du monde à trouver un sac plastique dans nos sacs à dos.
Il vomit juste après en être sorti, au-dessus d'une bouche d'égout, on aurait dit qu'il avait calculé son coup. Là, s'il existe un saint patron des vomisseurs, c'est le moment de le remercier.
Les prochaines fois, à la plage, il mouillera sa casquette, pour lui éviter d'attraper des coups de chaleur.

Après toutes ces émotions, je laisse tout le monde à l'appartement, et dans mon rôle de mère nourricière, je pars à la recherche du Riz Complet. J'ai repéré un magasin bio, par la vitre du bus, et ça me chatouille d'aller y mettre mon nez. Il faut marcher un peu, mais je ne suis pas obligée de suivre le rythme des enfants, donc c'est agréable. Malheureusement, il n'y a pas de miracle, ce n'est pas parce qu'on est à Malte que les produits bio sont moins coûteux. D'ailleurs, ici, toute la nourriture importée est au même prix qu'en Europe continentale donc, compte tenu du transport, un peu moins chère. Malte a obtenu de l'Europe de continuer à acheter les produits agricoles aux prix internationaux qui, comme chacun sait, sont plus bas que les prix CEE. Si on mange des produits maltais, ça va, comme dans le cas du pain et du lait.

Pendant ce temps, Rodéric a confectionné, dans un moule acheté spécialement, une tarte à la tomate, comme dans notre sweet home à Pélussin, pour que les enfants (surtout Edoxie qui ne mange pas de crudités) absorbent des vitamines locales.

Après le dîner, nous collons à la coutume locale et sortons et pof ! nous tombons sur un match de water polo, disputé dans une piscine d'eau de mer. Les enfants sont ravis, l'ambiance est bonne, il y a du mouvement. Nous payons aux enfants des glaces, qui sont servies dans des verres en plastique bien hauts, pratiques. Pour la première fois de leur vie, nos enfants (gâtés) se rendent compte qu'une glace peut être " dégueu " (goût fraise chewing-gum). Nous ne nous trouvons pas dans le bassin méditerranéen pour rien : le soir, à côté de la Wignacourt Tower, tout Malte vient prendre l'air, les bancs sont unisexes, pour vieilles dames ou pour vieux messieurs, mais pas de mélange, surtout.

Les plaques d'immatriculation portent un M, entouré des étoiles de l'Union Européenne, alors que le pays ne fait pas encore partie de la Communauté. Les passeports Maltais sont couleur bordeau.

Notre soirée, bien détendue, se termine sous des auspices moins paisibles lorsque nous subissons une magistrale scène de ménage entre la voisine du bas et son mari, qui répond mollement à ses vociférations, à partir de 22 h 30. C'est qui, chez les saints, qui s'occupe de la paix des ménages ?

Jeudi 18 juillet 2002

La citadelle moyenâgeuse de Mdina

Connaissant maintenant mieux le quartier, et l'ayant exploré plus loin, nous estimons que nous pouvons faire marcher les enfants jusqu'à une station de bus, Bugibba, où nous prenons un bus express pour Mdina. Un contrôleur, pendant le trajet, vérifie négligemment nos billets (d'ailleurs nous n'avons que 4 tickets pour 5, sans que l'on sache vraiment pourquoi).

Nous remarquons que nous sommes nettement plus habitués, au bout de quatre jours, au sens du traffic et que nous commençons à regarder du bon côté, avant de traverser la rue ! Nous avons le plan de St Paul's Bay en tête.

Mdina a été notre coup de cœur. C'est une ville médiévale toute en calcaire (pas très original, à Malte, mais magnifique, je vous assure), construite sur une colline et qui domine donc toute la plaine alentour. D'étroites ruelles la parcourent, seules les voitures des quelques résidents y sont admises. On trouve quelques restaurants sympas, plus des magasins de souvenirs, mais pas de commerces normaux. On ressent un grand calme, malgré la population des touristes. Comme dans le reste du pays, on ne voit pas de Maltais sur le pas de leur porte. En fait, on pense qu'ils sortent surtout le soir, et vont au bord de l'eau.

CREEZ à Mdina

A Mdina, les douves ont été transformées en terrains de tennis. Nous passons sous la porte qui est ornée des statues des trois saints de l'île : Saint Publius (vous le connaissiez, celui-là ? qui c'est qui veut appeler son prochain fils comme ça ?), Saint Paul et Sainte Agathe.
Nous visitons une cathédrale dont le sol est orné, comme à La Vallette, de pierres tombales. Rodéric se demande, en voyant une tombe récente, s'il y a l'adresse de courrier électronique du mort, dessus, du style " Publius-le-dodu@Maltalabelle.ml ".

Nous déjeunons dans un square avec des jeux pour enfants, très rustiques et très dangereux. Un toboggan très étroit, presque juste pour le postérieur de Zoé Cybèle, un tourniquet et des pneus en guise de balançoires. Cela ferait des lustres que les normes de sécurité les auraient fait disparaître de nos jardins publics, en France ! Calixte, après hésitation, se lance dans le social et se met à jouer au foot avec des petits Maltais. Il ira poursuivre la partie en plein cagnard, au fond des douves.

Nous tenons à signaler à ceux qui voudraient aller à Malte que les toilettes publiques sont franchement propres, comparées à celles d'autres contrées que nous avons expérimentées. Ces toilettes sont gratuites et de plus, il y a de l'eau, ce qui permet de mouiller un morceau de tissu qui sert ensuite de frigo naturel par évaporation.

Le système des bus fonctionne bien et, sur certains trajets, ce n'est franchement pas cher (15 F pour voyager à 5), si on se trouve sur une ligne qui n'est pas " express ", car, dans ce dernier cas, les prix sont deux fois plus élevés. A Malte, les arrêts de bus sont très rapprochés, les bus " express " s'arrêtent aux mêmes arrêts que les autres mais comme moins de gens les prennent, ils finissent par être " express ". S'il n'y a qu'une voie dans chaque sens, les bus s'arrêtent en plein milieu de la rue, sans se ranger sur le côté pour laisser passer le trafic.
Pour demander un arrêt au conducteur, il faut tirer sur une ficelle, qui court de part et d'autre du véhicule, et qui actionne une sonnette.

Un petit conseil, de la part de Rodéric-le-grand-voyageur : quand on voyage, il faut essayer d'emporter des affaires pouvant faire double usage, par exemple un pantalon qui peut servir de pyjama et inversement, ou un paréo contre le soleil ou contre le froid, ou une grande serviette qui peut être utilisée sur la plage, ou comme isolant thermique autour d'une bouteille fraîche, ou comme tapis de gymnastique pour les courageux. Mine de rien, vous ne trouvez pas qu'il est astucieux, le grand escogriffe ?

Nous adorons les yaourts maltais, plus volumineux qu'en France, et d'un velouté inégalable sans pour autant être trop gras.

Au retour de Mdina, nous laissons les enfants seuls dans l'appartement, et partons (enfin libres !) chercher des agences de location de voitures. Nous avons l'impression de progresser à pas de géants, du fait que nous n'avançons pas à un rythme d'enfants.
Nous sommes un peu frustrés : c'est notre premier voyage avec les enfants, un test en quelque sorte, et on a souvent l'impression de tout mettre en œuvre pour qu'ils soient contents, de les servir, presque, mais ils réagissent … comme des enfants, peu capables de supporter la soif ou la fatigue. A Mdina, ville vraiment belle, nous avons passé beaucoup de temps à laisser jouer les filles et, malgré cela, elles ont beaucoup râlé et traîné des pieds pour visiter cette citadelle, pourtant pas immense. Moi, ça m'a dégoûtée.

Bref, nous visitons quatre agences, dont une que nous choisissons à cause du professionnalisme de la personne qui nous reçoit. La location par jour (6.5 Lira = 15 Euros) sera presque le même prix qu'un aller et retour en bus express pour une plage, alors qu'on pourra faire bien plus d'activités dans la journée.


Paris : 22 °C Malte 38°C

Vendredi 19 juillet

Petites tâches du quotidien : un peu de ménage, Rodéric va retirer de l'argent (attention à la limite de retrait par semaine !) , et je fais la lessive à la main. Mine de rien, le fait de devoir faire souvent les courses, de tout laver à la main et de maintenir l'appartement dans un état raisonnable, ça nous pompe pas mal d'énergie quand ça se rajoute aux activités touristiques.
Pendant ce temps, les enfants jouent jusqu'à midi. Je viens de leur apprendre à jouer à la réussite, et ils enchaînent compulsivement les parties.

Nous attendons longuement le bus 652 pour Golden Bay. C'est pratique, l'arrêt est juste en bas de l'immeuble. Nous n'avons jamais compris l'attribution des numéros aux bus maltais. Pas de logique, on passe brusquement du bus 6 au bus 42, puis 175.

Un vent fort vient de la mer, et celle-ci est donc agitée. Les enfants adorent jouer dans les rouleaux, mais on surveille quand même bien les opérations, car l'eau a une sacrée force, et il faut une bonne poigne pour qu'Edoxie ne suffoque pas. Nous sommes gênés par le nombre important d'algues et de sacs plastiques, brassés par les vagues, qui se prennent dans nos jambes. Ca craint, dans l'image de carte postale. Effectivement, les plages sont nettoyées mais du bout des doigts, nous ne sommes pas en France, pays riche, qui peut se permettre d'avoir des plages nettoyées et le sable lessivé (!) par des tracteurs tous les matins. Ceci dit, je pense que les gens sont aussi négligeants qu'en France.

Sur cette plage était installé un jeu de babyfoot géant, dans une enceinte gonflée, dans lequel les joueurs étaient des enfants grandeur nature, qui devaient se déplacer le long de barres horizontales, exactement comme s'ils avaient été en plastique. Pas beaucoup d'animation, dans ce jeu, en fait, car la balle mettait très longtemps à circuler de l'un à l'autre.

Autre jeu intéressant, typiquement maltais, celui-là : un jeu de boules comprenant un minuscule cochonnet, de moyennes boules rondes, et d'énormes boules en forme de lourds rouleaux. Nous n'avons pas vraiment compris les règles du jeu, alors si quelqu'un veut bien nous les expliquer, nous attendons vos infos.

Au retour de la plage, nous retournons, à nouveau sans enfants, réserver une voiture de location et faire les formalités nécessaires (comme lire le contrat de location). Une Russe essaie de me passer devant, en attendant notre tour, et je m'énerve. Pas facile de s'exprimer correctement, quand on est furibarde, dans un environnement anglophone, et qu'on n'a pas fait de russe depuis dix ans ; j'arrive quand même à lui dire " excusez-moi, j'étais là avant vous " et elle est assez interloquée que je m'adresse à elle directement dans sa langue. Finalement, puisque vous voulez savoir le fin mot de l'histoire, on l'a laissée changer ses misérables dollars, ça n'a pas duré longtemps, et après on a parlé location de voitures avec la personne de l'agence.

Samedi 20 juillet

 

Je pars faire les courses dès 7 heures du matin. La vie commence très tôt, ici, mais s'arrête entre 13 et 16 heures. Je reviens des magasins à 8 h 20, complètement vidée. Ah la la, quelle vie qu'cette vie, comme chanterait Jacques Higelin. Un chouette petit déjeuner me réconforte.
Le boucher reçoit ma visite, sa boutique est hyper propre, et il est très équipé en surgelés de toutes sortes.

Nous prenons le bus pour La Vallette.

Une fois en ville, nous constatons que pas mal d'endroits que nous affectionnons sont fermés : le bureau d'Air Malta, où nous voulions confirmer nos billets de retour est fermé ; la boutique qui fabriquait des pastizzis et des pâtisseries est fermée ; un jardin public encore inconnu des enfants, les Lower Baracca Gardens, est également fermé pour restauration. La guigne ! !

Nous déambulons dans un marché de rue, qui vend uniquement des vêtements et des objets, pas de nourriture. Rodéric trouve une toile cirée du même motif que son short de pyjama. Qu'est-ce qu'on fait, on l'achète ? Difficile d'en faire une veste de pyjama adaptée à l'été …
Calixte veut acheter, comme d'habitude, des petits soldats, identiques aux deux cent cinquante millions qu'il a déjà à la maison.
Les filles pâlissent devant des éventails espagnols. Les plus moches sont ceux qu'elles désirent le plus, évidemment.
Nous retournons à la boulangerie-au-bout-de-l'allée-sombre et demandons à rentrer dans l'atelier pour prendre une photo. Ce sera chose faite, avec le dodu boulanger qui pose, en prime, avec les trois enfants.
Dans la rue, une femme tresse les cheveux des petites filles en y insérant une ribambelle de fleurs en perles. C'est très mignon. Nous décidons d'essayer de faire de même, à la maison, si on trouve quelqu'un qui nous explique comment réaliser des fleurs en perles.

A La Valette, nous visitons l'armurerie. Dans les deux uniques pièces du musée, nous remarquons surtout les armures des Chevaliers de l'Ordre (le chevalier Wignacourt, par exemple), merveilles d'orfèvrerie et d'ingéniosité. Certaines armures ne comportent pas de protection pour le sexe, alors que toutes les autres parties du corps sont protégées. Les chevaux aussi ont leurs armures avec un trou pour les oreilles. Nous passons des arbalètes aux boules de canon, nous étonnons devant une balance pour peser les canons. Un carrosse qui trône au milieu d'une salle va alimenter les histoires de princesses qu'Edoxie invente en continu. Nous regardons aussi les différentes sortes de casques : savoyards, espagnols (dans le style des conquistadors).

Nous allons ensuite visiter le Fort St Elmo, tout au bout de la péninsule que forme La Valette. Il n'est ouvert que les samedi et dimanche en début d'après-midi. Le soleil est très généreux, les trois filles se protègent avec des paréos. L'édifice nous surprend dans le bon sens, après un commentaire tiède de Françaises, qui sortaient du Fort quand on y est entrés, et qui se disaient déçues. En effet, on a une vue époustouflante sur tout le port (The Grand Harbour) et sur la mer, de là-haut, c'est vraiment génial, d'autant que la lumière du milieu du jour donne une intensité particulière aux couleurs. Calixte est ravi de visiter un vrai bunker, avec une salle des téléphones à l'intérieur. Les douves abritent un terrain de tir pour les policiers, dont c'est le centre d'entraînement pendant la semaine. On y trouve donc un terrain avec des obstacles à franchir, comme dans les films policiers. Le fort a servi de décor pour les scènes de prison du long métrage Midnight Express .
Des reconstitutions historiques ayant lieu plusieurs fois dans l'année, nous trouvons de jeunes hommes costumés comme des gardes de l'époque des Chevaliers de Malte, à l'intérieur du Fort. Intéressés par leurs costumes, nous leur expliquons que nous devons coudre des costumes pour Calixte et Rodéric, pour la prochaine fête Renaissance à Pélussin (juin 2003), que c'est pour cette raison que nous les dévisageons autant (ils ont de superbes chaussures), et je vais même jusqu'à demander à l'un d'eux de soulever sa tunique pour que je puisse voir comment est fait son pantalon.
Nous rentrons en bus et les deux filles, épuisées, s'endorment sur nos genoux.

Une fois à l'appartement, les enfants sont pris d'une fringale de travail scolaire ; Edoxie écrit les nombres jusqu'à 100, mais Zoé Cybèle ne sait plus conjuguer le verbe être. Calixte se défonce avec des divisions.

Le soir, il y a fête sur le port de St Paul' Bay. Une scène est dressée devant une tour du 16e siècle, et les enfants regardent les tours d'un prestidigitateur et de sa compagne, qui sourit benoîtement. Puis des petites filles de l'école de danse du quartier font des numéros et elles se débrouillent fort bien, ma foi. Une charrette garnie de magnifiques légumes et fruits a été amenée au milieu de la foule, mais nous n'aurons pas l'opportunité de la prendre en photo.

Nous avons acheté des timbres poste illustrés par un hippocampe. Edoxie me demande si, à Malte, le président est un hippocampe, car elle sait que les effigies royales apparaissent souvent sur les timbres.
Elle sait rouler les " r " depuis peu, et a appris avec le mot " paréo ".

Dimanche 21 juillet


Des cambrioleurs s'introduisent chez des gens ... pendant la messe

Pour nous fondre dans les traditions locales, nous allons à la messe de 11 heures, qui est dite en anglais. L'église Maria Dolorosa est climatisée. C'est un prêtre australien qui officie, et qui nous dit, en introduction du sermon, qu'il a l'impression de passer d'un frigo à un four, à cause de la grande différence de température entre son pays et Malte. Les confessionnaux sont ouverts pendant l'office, et on constate la présence d'un prêtre à l'intérieur car une petite lumière est allumée au-dessus de l'endroit. La lumière change-t-elle de couleur suivant les péchés avoués ? Nous remarquons le nombre important de jeunes adultes, parmi l'assistance, et en particulier des hommes.
Dans la rue, des gens préparent la Festa, la fête de quartier dédiée au saint patron de l'église concernée. Ils accrochent des décorations, par exemple.

Comme une famille dominicale modèle, nous déjeunons à la maison, ce qui change du pique-nique habituel. Nous goûtons les petits gâteaux que Rodéric a achetés à la boulangerie, mais sommes un peu déçus.

Départ pour la plage (devrons-nous attendre le bus longtemps, comme c'est dimanche ?). Mais non, c'est raisonnable. Ici, les bus roulent avec les portes ouvertes en permanence. Ils sont franchement poussifs dans les montées.
La densité de population est impressionnante, sur la plage. Un chien anglais mange une glace, achetée par son maître, que celui-ci lui tient pour qu'il puisse la déguster.
A côté de nous, une femme, après s'être enfilée un paquet de chips, quitte la plage en abandonnant un sac entier de détritus divers. L'occupation principale des Maltais à la plage est de manger tout ce qui se trouve dans la ou les glacières, puis de terminer la journée par des glaces achetées à la baraque à frites du coin.

Dans le bus du retour, une petite fille maltaise, bien enrobée de nature, s'installe avec une énorme bouée autour du ventre, pas dégonflée évidemment . Quel volume ! ! Le bus est plein, un homme y entre, portant un enfant endormi dans ses bras. Pas un ne lui cède sa place, donc je me lève pour qu'il puisse s'asseoir. Un enfant qui dort, ça pèse lourd.

Nous traversons, comme partout, des paysages arides. Les forêts ont disparu depuis des siècles, quel dommage. On trouve des cultures en terrasses, et tous les champs sont délimités par des murs de pierres ou des haies de figues de barbarie. Pas d'oliviers, pas d'agrumes. Pour ceux qui ne le sauraient pas, les oranges maltaises viennent toutes de Tunisie. J'imagine qu'Israël ressemble à Malte (note de Rodéric : Malte est plus calme ….).

Quinze jours sans télévision et sans ordinateur : mais comment survivent nos enfants ? Nous avons emporté toute une série de Je Bouquine, et Calixte les a tous épuisés. Il prend donc son premier Agatha Christie dans la bibliothèque des Scicluna. Les filles peuvent écouter des CD que nous avons emportés, sur le lecteur de CD, sur lequel sont branchés trois casques.

Lundi 22 juillet

Comme prévu, nous allons à pied, avec Rodéric, chercher notre voiture de location, sans les enfants. C'est une Daewoo, de mauvaise qualité, les pneus bien lisses et les vitesses difficiles à passer. Les rétroviseurs intérieur et extérieur battent de l'aile. Nous avons choisi l'option d'un conducteur unique ; d'ailleurs cela vaut mieux, Rodéric ayant, déjà en France, du mal à latéraliser ses gestes (objectif d'acquisition de grande section de maternelle…).
Ce sont mes premiers tours de roue. Il faut bien la présence de Rodéric pour me donner confiance et m'aider à évaluer la largeur du véhicule. Rouler à gauche, ça va, car je m'étais déjà bien entraînée, mentalement, à " conduire à gauche ", quand j'étais dans le bus. Mais ce qui me pose le plus problème, la première journée, c'est trouver le levier de changement de vitesses de la main gauche, et je mets régulièrement en route les essuie-glaces, à la place du clignotant.

Nous allons à Ta Qali Crafts Centre, installé dans une ancienne base aérienne datant de la 2éme guerre mondiale. A Malte, la guerre a été très dure, de nombreux bombardements ont eu lieu ; de plus, à cause du blocus maritime, la population a failli mourir de faim. On pendait les traîtres qui volaient de la nourriture. A Ta Qali sont réunis une vingtaine de magasins vendant de l'artisanat. L'intérêt, c'est qu'on peut voir les artisans au travail : nous admirons donc la patience d'une dentellière, nous voyons un tailleur de pierre à l'œuvre et on se demande comment les souffleurs de verre résistent à la chaleur, dans leur atelier pas franchement climatisé. Nous rentrons dans un magasin de céramiques, et serrons les fesses de peur que les enfants ne cassent quelque chose.

Nous rentrons aussi dans un supermarché, Ta Natu, à Mosta. Pas un établissement immense, mais enfin, quand même, quelque chose qui ressemble à un supermarché. C'est bien d'avoir du choix. En attendant au rayon charcuterie, je sens ma voisine affable, et en profite pour parler deux minutes avec elle. Nous essayons des saucisses maltaises, pas mauvaises.

Nous trouvons également des figues fraîches, quel délice.

Nous découvrons une nouvelle plage, Ghajn Tuffieha (prononcer " ane toufirrha "). Excellentes conditions pour nager, l'eau est juste à la bonne température. La plage est dominée par une tour datant des Chevaliers. Le parking des voitures est gardé, on donne " ce que l'on veut " mais c'est " combien qu'on veut ?". La voiture nous donne un certain confort psychologique, car nous n'avons pas à prendre en compte le temps d'attente d'un bus ou du trajet avec des arrêts, dans notre emploi du temps.

A Ghajn Tuffieha, un système de goutte à goutte " installé par la France et l'union Européenne " (dixit une grande publicité) est dans un état de décrépitude avancée, les tuyaux plastiques à l'abandon arriveront-ils à remplir les bouteilles plastiques qui traînent partout ?. D'après les guides (daltoniens ?), ce côté de l'île (sud) est plus vert que le nord. Nous ne voyons aucune vache à l'horizon, d'où viennent nos yaourts ?.

Mardi 23 juillet

Place du village, Nadur

Aujourd'hui, journée découverte en voiture, toute l'île est à notre portée, yahou !

Nous nous arrêtons tout d'abord dans un village, Mgarr, massivement dominé par sa cathédrale et son dôme gigantesque. L'édifice présente une forme ovoïde, car il a été bâti avec de l'argent provenant de la vente d'œufs par les paysans du coin. Regarder d'en bas le sommet du dôme est impressionnant, tout comme l'est la longueur du câble, fixé tout là-haut, qui tient l'encensoir qui se trouve juste au-dessus de nos têtes. A l'intérieur des églises prédomine un roccoco baroque que nous n'apprécions pas beaucoup, nous préférons l'extérieur des édifices.

Non loin de Mgarr, nous visitons un réseau de grottes souterraines , ces grottes datent de l'âge de pierre. La chaleur est déjà intense, nous faisons attention aux serpents et tapons vigoureusement des pieds pour créer des vibrations. Ce qui est décevant, c'est qu'il y a plein d'immondices dans ces tombes creusées dans le roc, ça réduit considérablement le plaisir de la visite.

Nous nous dirigeons vers le sud est de l'île et découvrons les Dingli Cliffs, des falaises gigantesques (mais à l'échelle de Malte, quelques dizaines de mètres de haut) qui dominent la mer. Toujours ces ordures, partout, nous ne nous attardons pas. Ici les villes sont propres mais la campagne franchement crado ; de toute façon, au train où vont les choses, il ne devrait pas rester beaucoup de campagne d'ici quelques années (500 000 habitants sur 25 Km par 30 - un pays très catholique donc croisez-vous et multipliez-vous). Le nord de l'île est déjà complètement urbanisé. L'eau potable, ressource rare ici, provient d'usines de dessalement d'eau de mer par osmose inverse. Le fait que tous ces gens arrivent à vivre décemment et en paix semble déjà un miracle, quelles sont les ressources de l'île ? Mystère .

Nous cherchons un coin pour déjeuner et trouvons un certain havre de fraîcheur dans Buskett Gardens. Ce sont des jardins qui ont été plantés du temps des Chevaliers, ceux-ci ayant besoin d'un terrai de chasse. Les Gadens sont dominés par un joli palais, résidence d'été du premier Ministre (Mister Fenec alias le Lapin) , que l'on ne peut malheureusement pas visiter. Nous montrons aux enfants les espèces végétales qu'ils ne connaissent pas, comme les citronniers, les magnolias, les bougainvilliers, les caoutchoucs. Nous leur rappelons ce que sont des oliviers. Pompe à vent et arrosage par goutte à goutte font partie du programme " découverte de la technique ".
La chaleur est TRES intense, et Rodéric déploie toute son expérience et son ingéniosité pour protéger les enfants (les paréos à effet frigo) . Nous sommes vigilants, afin d'éviter la déshydratation. Ces quelques jours, la chaleur est tellement forte que nous buvons 10 litres d'eau par jour, 2 par personne.

Nous dépassons plusieurs chantiers de maisons. A chaque fois, nous avons la même impression d'un jeu de construction, à cause des gros blocs de calcaire qui attendent de devenir murs, et qui nous font penser à des cubes.

Nous parcourons quelques kilomètres (en tout, en cinq jours, nous ferons 250 kilomètres, pour vous donner une idée de la dimension de l'île !) et essayons une nouvelle boulangerie, recommandée par Julien et par notre guide touristique. Effectivement, le pain et les pâtisseries y sont bons.

Puis nous cherchons la plage fétiche de Julien, dont il m'a tant vanté la beauté. Il fallait une voiture pour l'atteindre, c'est pour cela que nous avons attendu d'en avoir une pour trouver l'endroit convoité. Nous faisons un premier essai, où Rodéric, Zoé Cybèle et Calixte vont en éclaireurs, tandis qu'Edoxie termine sa sieste, épuisée par la chaleur. Non concluant, nous trouvons le bon chemin plus loin. La route est chaotique, très étroite, juste la largeur de la voiture et bordée de part et d'autre d'un mur de pierres. N'oubliez pas que je n'ai qu'un jour et demi de conduite dans les doigts. Nous croisons une première voiture, le type me laisse passer, pas de manœuvre à faire. Mais plus loin, je suis obligée de reculer, car je me trouve prise en sandwich entre un type devant, et un type derrière. Inoubliables, ces quelques minutes de stress, où je me disais qu'il fallait qu'elle recule droit, cette fichue Daewoo, et que je ne reste pas coincée dans ce minuscule chemin. Sur cette plage, nous trouvons beaucoup de français et d'allemands, pas très dépaysant tout ça. Mais c'est vrai que la plage est belle, sous le soleil couchant.

Selon nos habitudes maltaises, nous sortons après le dîner et achetons encore une glace aux enfants. Mais le water polo fait défaut, et les filles sont déçues.

Mercredi 24 juillet

Vieille Daewoo et jeune conductrice (ou le contraire ?)

Destination Gozo, c'est la grande journée de la semaine, celle que nous attendons tous depuis quelques jours. Nous démarrons tôt, à 8 heures, et il fait déjà chaud. Nous allons passer sur l'île de Gozo, petite voisine de Malte, avec notre voiture.

Calixte est passionné par le ferry et adore regarder sa partie avant s'ouvrir, comme une gueule immense mais drôlement bien réglée, pour voir en descendre passagers et véhicules.
Nos jupes sont difficiles à contenir, tant elles volent, une fois que le bateau est en mer. La traversée est vraiment rapide, 20 minutes, bien moins qu'il n'a fallu de temps au navire pour démarrer. Chaque année, 13 millions de personnes prennent le ferry pour Gozo, dixit le canard local. On ne paie pas la traversée à l'aller, mais seulement au retour.

Nous commençons par visiter l'église de Nadur, très ornementée. Calixte et Zoé Cybèle commencent à saturer et à refuser de rentrer dans les églises. Nous ne les forçons pas. Devant une statue d'Adam et Eve, il faut que je raconte l'histoire du paradis ; et qui pourrait m'aider à répondre à la question suivante : " mais pourquoi Eve a-t-elle tenté Adam ? ".
Derrière une châsse en verre, une statue est couverte de bijoux, et ça fascine les filles.

 

Nous nous dirigeons ensuite vers la capitale de Gozo, Rabat, autrement nommée Victoria (par les Anglais, évidemment). Le marché n'est pas intéressant, nous nous contentons d'acheter de délicieux sablés à une dame très gentille, qui me dit que j'ai de bons enfants. Je lui glisse à l'oreille qu'ils sont toujours en train de râler. " Si tous les enfants étaient comme les vôtres, ce serait bon pour le Monde " répond-elle. Ah bon.

Nous montons à la Citadelle de Victoria, d'où la vue est splendide. Calixte est ravi de faire le tour des remparts avec Rodéric. La citadelle est un ensemble homogène et bien restauré. Nous visitons tous le musée du folklore. Moi qui comptais voir des costumes bigarrés, je suis déçue, mais la bâtisse du Moyen Age qui abrite le musée est vraiment très belle. Nous voyons des nasses de pêche, une tunique de noble maltais, des santons de Gozo, des objets agricoles ou de la vie rurale quotidienne. L'entrée de la cathédrale, fait unique à Malte, est payante ; zut, on a vu suffisamment d'églises comme ça.

La chaleur est torride, les enfants ont faim et sont tout mous, il faut absolument trouver un coin à l'ombre pour déjeuner. Mais ici, le paysage est désespérément dépourvu de toute végétation d'une hauteur respectable. Quelle naïveté m'habitait, quand je pensais qu'on allait trouver un arbre ! Nous arrivons au bord de la mer. Pas un grain de sable, que de la roche à l'aspect graveleux car malmenée par les intempéries. Très curieux, comme consistance. Nous déjeunons sur ces rochers et essayons de nous protéger du soleil en construisant un abri fort précaire avec le tapis de gym et une partie creusée dans la roche. A côté de nous, c'est la récré chez les mini-crevettes. A propos de ces crustacés, je fais une digression : les enfants nous ont bassinés tout le séjour en chantant sans arrêt un couplet des Bouskidou qui fait : " les écrevisses et les crevettes ont les yeux en avant, alors dis-moi pourquoi elles marchent en reculant ". A entendre une fois, c'est rigolo, mais on peut vraiment dire qu'ils nous ont fait bisquer …

Azure Window

Rodéric entraîne tout le monde dans l'eau, pour nous rafraîchir. Mais il faut que les deux filles s'allongent directement dans l'eau, car les rochers ne descendent pas progressivement en escaliers, et ça leur demande de surmonter un peu leur peur. Puis c'est l'émerveillement. Avec nos lunettes de natation, nous regardons sous nous, et découvrons tout un monde sous-marin magnifique. C'est la première fois que je vois tant de végétaux, de rochers colorés, et de poissons. Edoxie comprend l'intérêt d'oser regarder sous l'eau. Il y a des poissons multicolores absolument merveilleux et je les montre aux filles du bout de mes doigts.
En voulant regagner notre coin sur la rive, nous nous demandons ce qu'est la pellicule marron qui flotte à la surface de l'eau, sûrement une pollution quelconque.

Nous découvrons, sur les conseils de touristes anglais, un autre coin pour se baigner, juste à côté, au pied de Fungus Rock, un rocher, isolé dans la mer, qui était garni de plantes médicinales et jalousement gardé du temps des Chevaliers. Après avoir descendu des escaliers taillés dans la pierre, nous nous trouvons dans une baie vraiment splendide, toute ronde, bordée de falaises, où l'eau est bleu marine. Un bateau de touristes y fait escale, c'est là que les " clients " vont se baigner. Ce n'est pas vraiment eux qui nous gênent, mais plutôt de nouveau une pellicule marron à la surface de l'eau. Dans un premier temps, Rodéric et moi nous baignons tous les deux, pendant que les enfants jouent aux cartes. Nous prenons un grand bol d'air et nageons sous l'eau pour éviter de refaire surface au milieu du marron. Mais comment faire pour les enfants ? Un Maltais, finalement, qui a le même problème pour sa famille, et avec lequel nous partageons les lieux, se jette à l'eau et, avec des brasses très vigoureuses, fraie un passage à travers l'exécrable nappe. Rodéric et les enfants le suivent et je les regarde, relativement inquiète des conséquences de cette pollution. Ca va, personne n'est devenu bleu depuis, vous serez sûrement heureux de l'apprendre.

Le temps commence à se gâter, la mer devient agitée. Avec Calixte, nous allons voir Azure Window et l'Inland Sea. Il s'agit respectivement d'une falaise qui a été creusée en arche par le vent et l'eau, et d'une mer intérieure qui se trouve reliée au reste de l'eau par un espèce de tunnel, naturellement creusé dans la roche. Des touristes le parcourent en bateau. En raison du temps, nous décidons de ne pas aller dans ce tunnel en barque.

Le temps du retour progressif est arrivé. Nous nous arrêtons quand même dans un supermarché, juste au moment où il y a une coupure de courant généralisée sur la région. Nous lirons plus tard un article de journal sur cet épisode. Puis nous reprenons le ferry pour passer de Gozo à Malte.

Vers 21 heures, nous entendons une fanfare et des feux d'artifice et parcourons le quartier à leur recherche, infructueuse, ce soir-là. De la terrasse de l'appartement, nous regardons un moment le feu d'artifice. Celui-ci dure si longtemps qu'au milieu nous allons nous coucher, et sommes réveillés par le bouquet final vers minuit.

Jeudi 25 juillet

Rodéric va faire les courses du matin, lait et yaourts. A Malte, on demande aux clients de laisser les achats qu'ils ont déjà faits à l'entrée du magasin, avant d'y pénétrer.

Un vent fort s'est agité sur l'île toute la nuit, et la mer en porte les traces.

Nous partons plus tard que d'habitude, en direction des Tarxien Temples, des temples datant de l'âge de cuivre. Rodéric pilote Edith sur les petites routes, et ça fonctionne bien, nous atteignons notre but au bout de trois quarts d'heure. Nous sommes un peu déçus de ne trouver que quelques restes ; c'est certainement passionnant pour les spécialistes, que nous ne sommes pas. Les vrais morceaux de ces temples se trouvent bien gardés au musée d'archéologie de La Vallette.

Après une visite rapide, Rodéric et Edith achètent un cadeau pour les Scicluna, sans lesquels ce séjour n'aurait pas eu lieu, pendant que Calixte bouquine sur un banc et que les filles se disputent. Pour vous dire combien nous nous sentions en sécurité, nous avions laissé les enfants seuls dans la rue.

Comme nous ne nous trouvons pas loin de l'aéroport, nous nous disons que nous allons tenter de confirmer notre vol de retour. Muni des billets que nous avions eu soin de prendre, Rodéric effectue les formalités en un tour de main. Super !

Nous empruntons une route qui passe sous l'aéroport, bigre. Nous ne sommes pas loin de l'usine Branstätter où sont fabriqués les Playmobil. Nous passons près des carrières d'où sont extraites les pierres calcaires de toutes les constructions de l'île ; à l'échelle de Malte la poussière des carrières s'étend sur un pourcentage non négligeable de l'île.
Nous cherchons une chapelle souterraine, sans succès tellement elle est enfouie, parmi de toutes petites routes poussiéreuses. A la place, cependant, nous trouvons un croix, Lafurla Cross, qui domine généreusement la plaine au sommet d'une colline. La route est vraiment très abrupte et fort étroite, on se croirait dans un vrai rallye automobile, pas vrai Rodéo ? Mais la mère Edith est nettement plus à l'aise avec son cheval maintenant, et lui fait passer toutes les difficultés. Bravant un vent à tous les diables, nous marchons vers la croix, et apprécions une vue magnifique sur toute l'île, les carrières, la capitale, l'aéroport, et les sacs plastique qui sont soulevés par Eole.

Haies de figuiers de barbarie

Les enfants ont faim, il faut rentrer. Nous avons nos habitudes, il ne faut pas croire, et n'acceptons désormais d'acheter notre pain QUE chez Gormina, la fabuleuse boulangerie. Non mais ! On le mange avec des œufs au bacon.

On explique aux enfants qu'en maltais " x " se lit " ch ". Edoxie répond en demandant si le mot " chiant " s'écrit avec un x.
A propos de lecture, Calixte a fini Agatha Christie et dévore maintenant " E.T. ", trouvé dans l'appartement.
Rodéric s'intéresse au traitement des ordures ménagères et de l'eau de mer, à Malte, en lisant la presse locale (The Times).

Après le matin passé en voiture, nous allons nous baigner à la plage de Golden Bay, où les vagues sont fortes et hautes à cause du vent. La baie est dominée par un hôtel massif, un immense bâtiment sans aucune fantaisie architecturale. On a l'impression d'être à l'ère soviétique, sur les bords de la Mer Noire. Pas un signe de vie ; nous apprendrons plus tard par le journal que cet hôtel est en cours de restauration et ouvrira prochainement. Au bar de la plage, on vend d'alléchantes salades de fruits, de gros cubes de melon, pastèque et des raisins, préparés dans un grand verre en plastique transparent : seule concession à une certaine hygiène alimentaire. Malheureusement, Zoé Cybèle perd ses lunettes de natation, ce qui nous fait franchement râler car c'est la deuxième fois en un mois et que les lunettes avaient coûté fort cher. Nous marchons longuement dans l'eau et sur la plage, Rodéric et moi, mais peine perdue, avec tout le mouvement des vagues, qui sont d'ailleurs trop violentes pour Edoxie. Les trois enfants sont contents de trouver une petite Française qui joue avec eux dans le sable, première rencontre d'un enfant depuis longtemps.

Sur le trottoir, le long de la partie qui correspond à leur propriété, certaines personnes alignent des bouteilles d'eau pleines, afin d'empêcher les chats de venir faire leurs besoins là. Très esthétique, tout ça …

Eglise illuminée un soir de Festa

Après le dîner, nous sortons prendre le frais. Dans la rue, une famille est assise devant le porche, et Rodéric leur demande à quelle heure va se dérouler la Festa. Ils engagent la conversation avec nous, interrompue par les enfants qui en ont marre de ne rien comprendre et de ne pas bouger. Nous sommes cependant contents d'avoir enfin eu une ouverture vers les Maltais, vraiment discrets et réservés.
Plus tard dans la soirée, la Festa se déroule, avec beaucoup d'embouteillages à la clé, et une fanfare qui progresse un peu à chaque morceau de musique. L'église du quartier est illuminée par une multitude d'ampoules de couleur fixées sur sa façade. Nous voyons la pancarte de l'Allelujah Hall, et nous demandons ce qu'on y fabrique. Les gens suivent ou précèdent la progression de la fanfare, certains jeunes hommes portent des T-shirts avec la reproduction de la Mater Dolorosa, qui est la patronne du quartier. Difficile à imaginer à grande échelle en France, non ?

Vendredi 26 juillet

6 heures 15, Rodéric et moi nous réveillons et décidons rapidement de prendre la voiture, sans réveiller les enfants, et d'aller chercher les lunettes de Zoé sur la plage où elle les a égarées. Nous trouvons les éboueurs en train de timidement enlever les braseros qui servent de poubelles, sur la plage. Ils se limitent à ce travail, sans retirer toutes les ordures qui restent à côté des conteneurs. Nous n'avons pas retrouvé les lunettes, et Zoé s'en ai racheté de nouvelles, nettement moins sophistiquées, avec son argent de poche.
Par contre, Rodéric n'est pas rentré complètement bredouille : dans une flaque d'eau de mer subsistant sur la plage, il attrape un petit poisson argenté, trouve facilement une petite bouteille à bouchon et remplit également une grande bouteille d'eau de mer, et hop, adopté : les enfants sont ravis à notre arrivée, on installe Paul dans un saladier, avec l'eau de mer de la grande bouteille. Paul, bien sûr, car il est rescapé d'un naufrage !

Nous retournons au marché d'artisans de Ta Qali. Dans le magasin de céramiques, nous observons le patient travail d'un potier, en train de peindre des coquetiers. Un autre donne leur forme à des " number plates ", c'est-à-dire des plaques de céramique indiquant le numéro des maisons des gens, que nous trouvons très jolies. Nous allons demander à Zoé Cybèle de nous en fabriquer, lorsqu'elle retournera à son atelier de poterie.

Nous traversons la campagne et supportons mal, comme les autres jours, la puanteur qui se dégage de certains champs. Elle nous rappelle des odeurs d'Inde. Nous nous demandons si les Maltais ne répandent pas des eaux usées dans les champs.

Calixte est toujours en train de dire, dès qu'on est arrivé quelque part : " bon, on y va ? ". Ce jour-là, nous y allons, effectivement, pour revisiter Mdina, la citadelle médiévale qui a toujours autant de charme.

Nous faisons un déjeuner carrément international : du thon des Philippines, de la salade de Malte, des olives grecques, du riz, du ketchup de Malte et du vinaigre italien.

Pendant que j'emballe le cadeau destiné à nos hôtes, coup de théâtre, Paul saute subitement de son saladier. Rodéric pense que son eau est devenue trop chaude ou trop pauvre en oxygène. Calixte et lui filent à toute allure au port de Saint Paul's Bay pour le replacer dans son élément. Calixte parle en anglais à Paul, il pense sincèrement qu'il y a plus de chances qu'il comprenne cette langue.

Comme c'est notre dernier jour de location de la voiture, nous en profitons pour découvrir, juste avant de la rendre, une route de bord de mer qui, après avoir dépassé d'anciens marais salants, nous amène à un spot de planche à voile. C'est assez tentant pour Rodéric. Sauf qu'au passage, on a subi l'assaut olfactif d'une horrible odeur de brûlé (usine d'incinération d'ordures ménagères ?).

Nous sommes presque à l'apogée de la Festa, qui se déroule sur plusieurs jours.
Comme tous les soirs, nous nous adonnons au " passiggata " (prononcer passidjata), c'est-à-dire que nous sortons nous promener et traînasser. Des enfants jouent dans l'obscurité sur le terrain de jeux, et font de la balançoire ou du tourniquet.

Encore un feu d'artifice interminable.
La fanfare passe juste sous notre balcon, les gens, en guise de confettis, jettent des lamelles de papier journal ou de magazines. La fête, comme tous les jours, semble assez formelle, les quelques rares passants suivant le cortège n'ont pas l'air de vraiment s'éclater ; malgré la proximité géographique, les Maltais ne sont pas des Italiens …

Samedi 27 juillet

Comme nous songeons déjà à la rentrée des classes (on n'est jamais trop organisé), nous cherchons un cartable pour Zoé et une trousse pour Edoxie, plus de petits accessoires. Notre quête n'est pas vraiment satisfaisante, car les trousses sont toutes vendues garnies, or nous en cherchons une vide, et les cartables ne sont pas beaux. Pour consoler les âmes en peine, j'achète des taille-crayons. Devinez quoi, ceux qui conviennent le mieux sont des articles français, fabriqués par une société pour laquelle je fais souvent des traductions à mon bureau, car c'est un de nos clients. J'en parle à la commerçante qui me dit que les articles Maped sont effectivement largement vendus et connus. Le monde est petit, même en termes de papeterie.

Nous achetons de la nourriture, mais ce n'est pas évident de prévoir suffisamment de provisions, sans qu'il nous en reste trop sur les bras.

Calixte et Edoxie restent à l'appartement, tandis que Zoé Cybèle nous accompagne. Nous allons commander un taxi et faire quelques achats de souvenirs.

Au retour, nous trouvons, dans la rue, la charrette d'un marchand de figues de barbarie. Le vendeur les pèse, les fruits sont encore dans leur écorce ; puis il les plonge dans une bassine d'eau tiède, pour attendrir les piquants. Ensuite la client tient un sac plastique et prend, une à une, les figures que le marchand ganté Mapa épluche, n'emportant ainsi que le fruit sans écorce. Il faut le laisser au réfrigérateur, c'est meilleur. Je suis ravie de pouvoir essayer ce fruit que je ne connais pas, mais nous sommes déçus par sa fadeur et sa consistance très granuleuse. Décidément, c'est la fête des figues, on en mange des violettes et des vertes, c'est super.
Au chapitre des aventures gustatives peu concluantes, il faut rajouter le maïs sur son épi ; j'en ai acheté du surgelé chez le boucher, et l'ai fait bouillir, mais ce n'est vraiment pas très bon. Au moins, j'aurai essayé …

Dans l'après-midi, nous nous baignons dans le port de St Paul's Bay, où l'eau est très claire. Calixte et Zoé sautent des rochers dans l'eau, et Calixte s'amuse à passer sous un espèce de petit pont en rocher, qui donne sur une sorte de piscine taillée dans le roc. Nous trouvons des touristes russes (ce n'est pas la première fois) et deux japonaises qui se protègent fébrilement du soleil.

Pour acheter des figues de barbarie (prickly pears, poires piquantes en anglais), il faut faire montre d'une certaine patience, parce qu'il faut attendre que le vendeur épluche chaque fruit. Ca prend donc un certain temps. Pendant les 30 minutes où j'ai fait la queue, donc, un vieux monsieur a engagé la conversation avec moi, et l'histoire s'est fort bien terminée, puisqu'il nous a invités chez lui le soir. J'avais oublié de lui signaler que nous avions trois enfants en tout, il n'avait vu que Rodéric et Zoé. Mais voilà le seul Maltais qui nous a invités chez lui, et ça nous a vraiment touchés. George Diedo est un ancien policier, qui a exercé à Londres pendant 30 ans. Il est donc porteur d'un triple passeport : maltais, britannique et diplomatique. Il a un ami qui est ancien colonel, qui habite Grenoble. Pendant notre visite, les enfants adoptent une conduite exemplaire ; j'ai préparé de la lecture pour Calixte et des piquages pour les filles, ce qui les tient tranquilles. La femme de George, Doris, est paralysée, à cause des suites d'un trop long trajet en avion : du jour au lendemain, sa vie a basculé. Nous rencontrons trois de leurs petits enfants, et leur fils. Doris, pour s'occuper, collectionne les poupées et leur coud des habits. Il est difficile pour George de s'occuper de sa femme, maintenant qu'ils sont vieux tous les deux ; ils habitent, lorsqu'ils ne sont pas à Malte, chez leur fille dans la banlieue de Londres. A Malte, la vie est animée pour Doris, en particulier le soir car on pousse son fauteuil roulant sur le balcon et elle profite de la vie nocturne.
Doris offre de minuscules oursons aux enfants, et leur fait ainsi plaisir. Nous prenons une photo que nous leur avons envoyée et les quittons au bout de deux heures, contents de cette incursion dans le réel de la vie maltaise. C'est quand même formidable, les gens qui vous ouvrent leur porte.

Dimanche 28 juillet

Nous nous agitons beaucoup en ce dimanche matin : ménage et bagages. Quelques tensions domestiques se font ressentir.
Rodéric et les enfants prennent un dernier bain de mer, à St Paul's Bay, au pied de "chez nous".
Après le déjeuner, nous sortons jeter un dernier regard sur la mer et le port.

Fanfare à St Paul's Bay, un jour de Festa

Le taxi qui vient nous chercher est, en fait, un minibus dans lequel nous avons toute la place pour nous étaler. Il est d'une ponctualité irréprochable.
C'était le dernier jour de la Festa, dont c'était le paroxysme l'après-midi car les paroissiens devaient sortir la statue de la Vierge Marie et la promener dans les rues. Pour le moment, quelques rares touristes suivent toujours la même fanfare jouant toujours les mêmes airs. La circulation est bloquée dans tout la quartier. Ayant en tête le défilé de la biennale de la danse de Lyon, nous avions craint que cela ne crée des problèmes de trafic interférant avec notre transfert à l'aéroport. Mais cela n'a pas été le cas.

A l'aéroport, Rodéric s'est assis à côté d'une Française et a renoué instantanément avec les désagréments des fumeurs. La fille ne prenait aucune précaution pour ne pas le gêner. Cela nous a frappés, à cause du contraste avec notre séjour, où nous n'avions pratiquement pas vu de fumeurs. A Malte, les gens mangent mais ne fument pas.

Lors du vol, j'avais demandé à l'hôtesse si l'on pouvait montrer le cockpit aux enfants et cela a été le cas au moment où nous étions au nord de la Corse. Difficile de bien voir, mais j'ai quand même pu apercevoir les reliefs marron de l'Ile de Beauté. Après quelques explications sur les écrans et les boutons de la cabine de pilotage, les pilotes m'ont dit qu'on allait bientôt aborder la Côte d'Azur et, juste à cet instant, on a distingué une ligne à l'horizon, c'était au niveau de l'aéroport de Nice, la France était en vue.

Pour ceux qui souhaiteraient visiter Malte, nous tenons à disposition une bonne carte routière, un guide touristique en anglais, des photos et documents et … la clé de l'appartement des Scicluna ! (non, c'est une blague, rassure-toi Julien).

Conclusion de Rodéric : Malte offre le plaisir de la mer : il y a quelques plages de sable fin et des rochers à l'infini, c'est aussi un paradis pour la plongée sous marine. A Malte, une histoire riche a laissé de beaux monuments, Les Maltais sont un peuple tranquille et pacifique, des fois un peu trop réservé*** mais dont le calme vous permettra de passer des vacances reposantes et en sécurité . Alors, allez-y !.

*** je dirais bien que c'est la Suisse de la Méditerranée, mais en général, il suffit que j'écrive ça pour qu'une révolution se déclare après mon passage.

  


Démocratie:
Le conseil municipal de Fgura invite les habitants à une réunion pour exposer leurs idées sur la vie de la commune

                             


Catholicisme :
l'université d'état organise des cours de théologie

 

 

 

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