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Edith Gagneur

Voyage d'une semaine aux Iles Vierges Américaines

(USVI)

lien : http://www.usvi.net/

 

Du 29/02/04 au 06/03/2004

 


Ecoutez, je vous raconte une fort belle histoire : j’ai une amie, elle s’appelle Annie. Elle travaille pour un laboratoire et vend, aux pharmaciens des hôpitaux, des produits destinés aux hémophiles. Sa société organise un concours, au niveau national et européen, pour déterminer ses meilleurs commerciaux ; pour y participer, Annie doit expliquer, en anglais, quelles difficultés elle a eu à surmonter lors de l’année écoulée, ce qu’elle a apporté dans son travail, bref, en quoi elle est bonne. Annie appelle alors sa copine Edith, pour un petit coup de main sous forme de traduction. Boutade, au téléphone : « Qu’est-ce qui se passe, si tu gagnes ce concours ? – On m’offre un voyage pour deux aux Caraïbes, et je t’emmène si je suis sélectionnée ».
Bon, vous avez deviné la suite, nous partîmes donc à deux, le cœur léger, non sans avoir organisé la vie de nos enfants respectifs en notre absence : garde, devoirs faits à l’avance, provisions engrangées, petits plats préparés en prévision. Nous avons fait le maximum pour que les personnes responsables de la fille d’Annie (ses parents) et des trois enfants d’Edith (en l’occurrence, Rodéric) en aient le moins possible à faire en notre absence.

LE VOYAGE ALLER

Notre destination : l’île de Saint Thomas, territoire américain, faisant partie des trois Iles Vierges Américaines (United States Virgin Islands), voisines de leurs homonymes Britanniques. De petits cailloux, en mer des Caraïbes, à l’est de Cuba, au sud-est de Miami, à l’ouest de Porto Rico et au nord de la Guadeloupe.
Pour y aller, nous prenons tout d’abord un vol Lyon Saint Exupéry – Paris Roissy ; comme nous décollons au petit matin, dans le mauvais temps et le froid, l’avion est préalablement arrosé d’antigel. Cette opération nous a retardés, mais pas au point de nous faire rater notre correspondance. Le reste du voyage, c’est Roissy – Miami, puis Miami – St Thomas. Un bon paquet d’heures passées dans l’avion, qu’il ne sert à rien de compter, car tout se brouille avec le décalage horaire (5 heures de moins qu’en France).

Ma première découverte, c’est l’univers de la Business Class (Classe Affaires, dans les avions). Au lieu d’attendre son avion dans une vulgaire salle d’embarcation, on va dans un salon spécial : à Roissy, il s’appelle l’Admiral’s Club ; on y trouve un buffet, où on peut se servir à volonté. Dans ce salon à part, chaque voyageur est appelé au micro lorsqu’il faut embarquer. Les voyageurs de la classe affaires, ainsi que les femmes enceintes et les handicapés, pénètrent dans l’avion avant les autres passagers.
Il n’y a plus de présentation des mesures de sécurité par les stewards ou les hôtesses : c’est une vidéo qui les remplace.
On n’omet pas de nous demander de bien éteindre nos téléphones portables, ainsi que les « two-way pagers », les systèmes de radiomessagerie.
Chacun dispose, en business class, d’une immense place pour les jambes (qui est plus importante à l’aller que dans l’avion du retour, alors qu’il s’agit toujours d’American Airlines). Le siège est équipé d’un soutien pour les lombaires (lumbar), et de deux positions permettant d’étendre les membres inférieurs (legrest, legrest extend).
Une hôtesse distribue des trousses de confort, contenant des produits de beauté (bâtonnet pour les lèvres, boules Quiès, bandeau pour les yeux, crème pour peau sèche, chaussettes très confortables). Plusieurs personnes se déchaussent d’emblée.
On nous remet ensuite, dans une valisette, un lecteur de DVDs : une fois que nous avons trouvé comment il marche (Edith demande à son voisin français), où se trouve l’alimentation électrique et la prise du casque, nous avons du mal à choisir parmi la vingtaine de films proposés. Finalement, Annie regarde « Pirates des Caraïbes » et Edith « Annie Hall », de Woody Allen, en américain s’il vous plaît. Autant se mettre dans l’ambiance tout de suite ! La vidéo vous arrache de la réalité, vous fait perdre le fil du voyage : on n’a plus conscience d’être dans un avion. Mais dans un voyage long comme le nôtre, ce n’est pas plus mal.

Vers le milieu de l’après-midi, une hôtesse nous propose des cookies cuits au four, à bord. Ce qui fait qu’on nous les a servis juste tièdes, c’était vraiment délicieux, et luxueux !

Le summum du confort de la business class se révèle lors du repas. L’hôtesse nous présente un menu très sophistiqué, une fort belle impression sur du carton de qualité. Tout est chaud à point. Pour l’apéritif, nous picorons différentes sortes de noix et amandes tièdes, des crudités plongées dans une sauce rose, en sirotant un cocktail Bloody Mary. Vue sur l’océan, soleil éclatant, et estomac apprivoisé. Tant pis, je vais dans les détails, quitte à ennuyer ceux qui n’en demandent pas tant : nous commençons le repas par des noix de St Jacques, du saumon et des crevettes en sauce, accompagnés d’une salade ; puis dégustons un poulet au bourbon farci au pain de maïs et entouré de pommes sucrées braisées. Nous enchaînons avec un choix entre fromage, dattes et crackers, et de la glace ou du sorbet, avec des fruits frais (myrtilles, framboises).
Malgré cet enchaînement de mets, nous ne nous sommes pas salies, car la serviette de table en tissu qui nous a été offerte était équipée d’une boutonnière permettant de la fixer à sa chemise. Nos tablettes en plastique étaient naturellement recouvertes d’une nappe en tissu.

Fi des libations et de la ripaille, on n’a pas que ça à faire : il faut préparer les fiches de douane et d’immigration. Même traduits, ces formulaires restent parfois sibyllins.

Nous survolons la Nouvelle Ecosse (Nova Scotia) : une rivière décrit ses circonvolutions glacées sur le paysage que nous dominons. Le blanc étincelle violemment. Nous allons survoler toute la côte, du Canada jusqu’à Miami. Plus au sud, nous admirons, vers Jacksonville, au nord de la Floride, une très fine langue de terre, en marge de la côte, surchargée de maisons.

Changement d’avion à Miami. L’aéroport est immense, nous devons le traverser entièrement, à pied, car nous embarquons à l’opposé de notre porte d’arrivée.
Nous tombons sur l’officier d’immigration qui est le plus zélé de tous : notre file d’attente n’avance pratiquement pas, et pas question de râler, il ne faut pas se faire remarquer. L’officier demande à certaines personnes de laisser leur empreinte digitale. Les ordinateurs sont très sollicités.
Nous avons la bonne idée de récupérer nos bagages alors que, cinq minutes auparavant, on nous avait juré qu’ils allaient automatiquement nous suivre de Lyon à St Thomas …
Nous vivons un contraste extrême : j’ai quitté Pélussin sous une tempête de neige et, dans la salle d’attente de cet aéroport de Miami, une fille en short et en sandales fait des mots croisés, habillée comme en plein mois d’août. A l’heure locale, il est 16 heures, tandis qu’il est 22 heures selon notre horloge biologique.
Nous admirons la décoration de cet aéroport : nous traversons une galerie lumineuse où des plaques de verre de couleurs vives donnent une grande fluidité au passage des voyageurs, soutenu par une musique qui évoque Stockhausen. Le sol est garni de dalles noires, portant des incrustations dorées sur le thème de la mer.
Troisième et dernier vol de la journée : Miami – Saint Thomas. Nous profitons du coucher du soleil sur les premières îles des Caraïbes, parfois seulement de minces langues de terre, et plongeons nos yeux dans les fonds turquoise.
Dans cet avion, plus petit que celui d’American Airlines qui nous a amenées de Paris, nous discutons avec un ingénieur de notre âge qui dirige une société de dessalage. Sa compagnie est présente sur quarante îles, qui correspondent à dix pays. Il supervise tout cela de Floride, maintenant, après avoir habité longtemps dans les Caraïbes. Il possède un avion, trois bateaux, a horreur de la télévision et préfère lire et aller au musée. Tout en dégustant un gâteau au fromage (cheesecake, j’adore), je le fais parler technique : il fabrique, plus précisément, des membranes pour dessaler l’eau. Après cette opération de dessalage, il faut reminéraliser l’eau, en y ajoutant du calcium et du magnésium, pour qu’elle soit meilleure pour la consommation par l’homme.

A l’arrivée à St Thomas, pas de formalités. Nous débarquons à pied de l’avion et pénétrons dans un aéroport ouvert sur l’extérieur, un peu comme s’il était ouvert aux quatre vents. J’ai l’impression d’être dans un mélange de Malte et de Madagascar. Evidemment, comme nous pouvions nous y attendre, il fait chaud, mais c’est très supportable.

Nous faisons connaissance de l’une des organisatrices et d’un groupe de douze Allemands, tout aussi patibulaires que nous. En récupérant mes bagages, je me dis que j’aurais dû prendre une valise rigide, car mon sac à dos et mon sac baluchon ont fort mal protégé mes vêtements (de cérémonie ?).

Quand le taxi collectif allume le contact, le panneau d’affichage de son poste de radio passe du rose au bleu. « Cute » (mignon), comme diraient les Américains.

Sur cette île, on roule à gauche, mais les voitures sont équipées, comme en Europe, avec le volant à gauche, ce qui n’est pas très fonctionnel pour le conducteur. Malgré la nuit, nous remarquons tout de suite combien le relief de l’île est mouvementé, on n’arrête pas de monter ou de descendre des côtes très raides.

Nous arrivons à l’Hôtel Ritz Carlton et on nous offre, dès la descente de voiture, une boisson d’accueil, dans un verre en plastique, jetable, aux armes de l’hôtel.
La circulation entre les différents bâtiments de l’hôtel, où sont réparties les chambres, se fait en voiture électrique, de la place étant prévue pour les bagages.

L’HOTEL RITZ CARLTON

Pour moi, ce séjour m’a ouvert les yeux sur tout le confort et les gadgets – auxquels on ne penserait parfois même pas - qui sont proposés dans un hôtel de luxe. J’y consacre un chapitre.
Lorsque nous pénétrons dans notre chambre, nous y découvrons :
Côté salle de bain : un bonnet de douche, un peigne, une lime à ongles, du savon, tous emballés dans du carton décoré aux armes du Ritz Carlton. Du shampoing, du démêlant, du gel douche, dans des bouteilles spécialement décorées, et renouvelées régulièrement.
Côté chambre : une lingette pour cirer ses chaussures, un nécessaire à couture, des blocs-notes, des stylos, du papier à lettres, marqués Ritz Carlton.
Un buffet est consacré au garde-manger : d’un côté, un frigo contenant des bouteilles d’alcool miniature, du vin, du champagne, des boissons en canettes. De l’autre côté du buffet, un grand assortiment de trucs à grignoter, comme différents types de noix (noisettes, noix de cajou, etc.), des biscuits à apéritif, des tortilla chips, des corn flakes, des biscuits sucrés, en veux-tu, en voilà. Sur le buffet est installée une machine à café, avec tout le nécessaire pour se faire du thé, du café ou une autre boisson chaude.

A l’intérieur d’une penderie à miroir se trouve un coffre-fort, bien utile pour recevoir passeports et billet d’avion.


L’hôtel est vraiment superbe, lové au creux d’une baie bien protégée où on peut faire de la planche à voile en toute sécurité. Il est agrémenté de patios, fontaines discrètement rafraîchissantes, de végétation magnifique, de fleurs (bougainvilliers) aux couleurs éclatantes, et de fruits d’arbres qui pendouillent comme des massues (cf. ma photo de ce phénomène végétal).
L’hôtel comprend de nombreux bâtiments de 3 ou 4 étages, qui forment un demi-cercle suivant la forme de la baie.
Pas de circulation automobile, car toutes les voitures sont garées dans un parking de l’entrée, et ce sont des voiturettes électriques qui permettent de véhiculer ceux qui ne marchent pas à pied.
La plage de l’hôtel est assez petite, bordée de sable blanc assez rugueux. Sa rugosité provient, selon moi, du fait qu’il correspond à de la poudre de corail. En outre, le pied foule souvent des morceaux de coraux, comme il le ferait, en Méditerranée, avec des galets. Il y a un stand avec des gentils animateurs qui vous louent du matériel de plongée en surface, des planches à voile, des voiliers ; on a également la possibilité d’effectuer une croisière sur l’un des deux yachts de l’hôtel.
En nageant au large de la plage, nous avons vu une tortue en train de manger des algues, au fond de la mer, et une raie manta agitant très souplement son corps plat. Une autre fois, j’ai vu une anémone blanche, et trois calamars nageant ensemble. Ce n’est que les deux derniers jours que nous avons réalisé, Annie et moi, qu’on pouvait voir beaucoup de poissons très beaux et d’autres animaux marins, non loin de la plage, si l’on se rapprochait des rochers et des coraux. Nous avons donc ouvert des yeux émerveillés, sous l’eau, à deux pas de ceux qui doraient sur le carrelage autour de la piscine et qui ne voyaient rien de tout cela.

Pas besoin de prévoir sa serviette de bain à la piscine ou à la plage : il y en a à disposition, qu’on laisse en repartant pour qu’elles soient lavées ; et sur les chaises longues, on pose une housse blanche. On peut commander une boisson, un cocktail ou un repas au bord de la piscine ou à la plage, ou se restaurer au bar/restaurant de plein air, où travaille un personnel d’origines multiples. Annie a apprécié les cocktails, dont le fameux Pina Colada, à base d’ananas. J’ai découvert le Margarita, qui contient de la tequila, du citron vert et du rhum. Annie consommait avec plaisir un Mango Tango (à base de jus de mangue, rhum et mousse de glace).

La clientèle, la semaine où j’y étais, était cependant plutôt centrée sur la piscine. Il s’agissait d’un bassin, non pas aux lignes droites d’un rectangle, mais décrivant des formes sinueuses, comportant une île artificielle garnie de l’obligatoire cocotier, et qui présentait la particularité d’être une piscine à « infinity edge ». Cela veut dire que son bord, côté mer, était arrondi, déversant continuellement son trop-plein dans un collecteur, ce qui donnait l’impression, quand on était dans l’eau, qu’au-delà de la surface de la piscine s’étendait directement la mer, la vraie. Ca doit sûrement être le top du top du chic, en matière de piscines. Mais pas très pratique pour faire des longueurs et se défouler ( vous allez dire que je suis râleuse …). Des cours de gym dans l’eau étaient dispensés chaque matin par une monitrice à la plastique corporelle parfaite.
Il convient de souligner que les matelas qui garnissaient les chaises longues portaient les armes du Ritz Carlton, of course.

La piscine peut également servir de cadre à des dîners fort agréables. Un soir, quatre tables rondes étaient dressées pour notre groupe, autour de la piscine. Le buffet avait pour thème l’Italie, avec une superbe décoration de légumes et de pâtes.

Le petit déjeuner se prend également non loin de la mer et de la piscine, et nous sommes éblouies, le premier matin, par ce décor de rêve. Malheureusement, le vent fort qui a accompagné tout notre séjour a réduit nos velléités de plein air, et nous avons majoritairement petit déjeuné à l’intérieur, les jours suivants.
Le repas matinal que j’ai le plus apprécié, c’est notre dernier petit déjeuner, car il faisait particulièrement beau, et que nous avions tout le temps de le savourer, en attendant notre départ dans l’après-midi. Celui-là, je vais m’en rappeler longtemps.

Le corps principal de l’hôtel Ritz Carlton, où se trouvent la réception et trois petites boutiques hors de prix, est une immense bâtisse coloniale aux murs épais. La réception (Front Desk) est décorée par une tapisserie style Gobelins. Il y a un salon de lecture, avec de profonds fauteuils en cuir faisant penser à un club de rencontre londonien pour gentlemen alanguis. J’adore ce vieux bâtiment, aux espaces larges et frais, décoré presque au goût européen. Il ferait presque penser, dans ses dimensions, à la maison de Scarlett O’Hara dans « Autant en Emporte le Vent ».

A la réception, il y a même la possibilité de changer des traveller’s cheques : j’y laisse quelques titres, achetés lors de mon séjour à Moscou sous Gorbatchev, en 1991 ; de tout gelés qu’ils étaient, ces chèques, les voilà réchauffés !

L’hôtel offre sa propre chaîne de télévision, spécifique, mais dont le contenu est assez décevant : l’écran affiche les activités qui sont proposées. Nous sommes en mars, peut-être la chaîne est-elle plus animée en période d’affluence touristique. Ceci dit, les instructions de départ de l’hôtel doivent être consultées sur la télévision, qui affiche alors un écran des dispositions à prendre (par exemple le numéro de téléphone qu’il faut composer pour appeler le porteur de bagages, avec sa petite voiture électrique).
Chaque matin, une revue de presse est accrochée à notre porte, et c’est extrêmement agréable : en plus, je peux lire en anglais.

La réception accepte gracieusement de passer des télécopies au travail de Rodéric, et je ne me gêne donc pas pour écrire plusieurs pages à chaque fois. Etant donné que nous sommes abonnés à un prestataire de téléphonie à prix réduits, Rodéric et les enfants m’appellent chaque jour : en tout, nous en avons eu pour à peine six euros de communications ! J’avais pensé pouvoir envoyer des courriels à la maison, à la place des fax, mais le coût minimum d’un E-mail est de 5 dollars : rédhibitoire !
Le summum en matière de communications, ça a été la fois où Rodéric, pendant que nous étions au téléphone, a cherché pour moi des horaires de train sur le site de la SNCF (alors que je me trouvais à l’autre bout de la planète, il ne faut pas l’oublier), et qu’on les commentait au fur et à mesure qu’il les trouvait ! Ceci n’aurait pas été possible il y a quelques années.
Le téléphone portable d’Annie fonctionne sans problème ; elle a reçu, une fois, un message d’une de ses clientes de France.

Dans les chambres, les draps sont changés tous les jours, de même que les serviettes de bain et de toilette et la descente de bain. Je songe à la quantité d’eau dépensée (gaspillée, à l’échelle de la planète ?) pour gérer tout ce linge.

Nous sommes surprises de constater que la clientèle de l’hôtel est relativement jeune ; en tous cas, on trouve toutes les tranches d’âge et pas que des vieux beaux en gourmette et short blanc, le dollar épinglé à la veste.

Avec Annie, nous entreprenons un jour le tour de l’hôtel ; nous découvrons les courts de tennis, recouverts de gazon artificiel sous forme de moquette verte. Avec la carte de notre chambre, nous avons accès la salle de culture physique, qui accueille des machines pour faire du jogging sur place ou pour marcher à l'allure qu’on sélectionne, des poids à soulever et des gens … tendus, autocentrés, et pas souriants sous leur sueur. Ce qui m’a vraiment semblé absurde et incompréhensible, c’est que plusieurs femmes marchaient sur les tapis roulants, face à une mer d’un bleu sensationnel (car la salle de sport domine toute la baie, du haut de la colline qui la surplombe) et qu'au lieu d’admirer cette beauté exceptionnelle, elles regardaient la télévision, placée juste au-dessus d’elles ! Ce jour-là, j’ai eu le profond sentiment qu’elles se trompaient de priorité.
Une fontaine d’eau de source sert de l’eau dans des gobelets coniques : pourquoi pas un fond plat ?

Nous allons ensuite inscrire Annie à une séance de soins corporels à l’institut de beauté. Dès l’entrée, nous sommes attirées par une savante exposition de produits de beauté à acheter, de livres sur le bien-être corporel et mental ; nous touchons des boules dures et râpeuses, de la taille de balles de tennis, à laisser fondre dans le bain, à différents parfums : ça s’appelle des boules de glace pour le bain : « bath ice ».
Difficile de choisir pour quel soin Annie va opter : les services proposés sont décrits sur une carte, comme un menu, qui doit faire dix pages. Cela va des soins du visage aux massages (au moins dix sortes de massages) en passant par la manucure et les soins du corps entier. On peut choisir de se faire bichonner par un homme ou par une femme. On a vraiment envie de regarder ce qui se passe derrière les portes ! Atmosphère feutrée, et grande propreté. Les hôtesses d’accueil de l’institut de beauté semblent avoir du mal à saisir qu’on peine à comprendre toutes les nuances des soins proposés. Annie ressortira un peu déçue de sa séance, car celle-ci avait été programmée à une heure qui ne lui convenait pas, et la séance lui a paru terriblement courte. Il convient cependant de moduler ce qui précède en ajoutant que cette séance était offerte par l’employeur d’Annie !

LA NOURRITURE

Au petit déjeuner, il y a évidemment un choix formidable : on peut commander un plat de la carte, ou choisir l’option « buffet ».
Le premier jour, Annie choisit des « œufs Bénédicte » (« eggs Benedicte »), qui sont des œufs pochés, sur un muffin, arrosés de sauce hollandaise et accompagnés de pommes de terre sautées. On peut également choisir de grosses crêpes épaisses, arrosées de sirop d’érable, ou des gaufres belges. Outre la boisson chaude, nous sirotons du jus de goyave.
Et l’accueil à table commence systématiquement par un verre d’eau glacée, qu’on sert en verres immenses.
Le buffet du petit déjeuner est très complet, et comprend même des légumes cuits. On peut choisir du jambon, du bacon, du fromage, du porridge, des céréales non cuites. Evidemment, le choix des fruits est de première classe, et le goût des ananas est imbattable. Des vrais de vrais ! Les mangues sont tout aussi délicieuses, car cueillies mûres. Il n’y a pas de secret, les fruits sont faits pour être mangés à point.
Une cuisinière en tablier éclatant et résille contrastant avec ses cheveux d’ébène est disponible pour cuisiner vos œufs comme vous le voulez : au plat, à la coque, en omelette … et avec les garnitures que vous choisissez. Cette femme de l’île, mama très typée, je l’ai prise en photo avec son consentement, mais la photo n’est pas très réussie, car sa figure disparaît un peu dans l’ombre …

Dans les Caraïbes, on mange beaucoup de mélanges sucré/salé ; j’aime bien pour l’instant, mais je vais peut-être m’en lasser !

On ne peut pas dire que j’ai vu beaucoup de choses de l’Ile de St Thomas, mais j’ai quand même pu apercevoir un restaurant McDonald’s, un Pizza Hut, et un de Kentucky Fried Chicken, chaîne bien connue aux USA.


GENERALITES

Pendant tout notre séjour, nous serons en plein contraste avec la vie de nos deux familles : nous avons 5 heures de décalage horaire et terminons notre petit déjeuner quand eux commencent l’après-midi. Nous conservons une montre à l’heure française, afin de toujours savoir à quel moment de la journée française correspond le nôtre. Et, surtout, nous avons laissé Pélussin sous la neige, en pleine tempête, et nous trouvons sous un climat doux, ensoleillé avec passages nuageux, et en plein vent. Ce vent, au début, nous pensions qu’il allait se calmer. Lorsque le ciel était couvert, nous attendions un bon orage pour nettoyer le paysage. Mais rien de tout cela, la semaine s’est déroulée sous les auspices d’Eole, un peu pénible parfois.

Afin de découvrir par nous-mêmes un petit bout de Saint Thomas, Annie et moi décidons de partir nous promener à pied, délaissant le luxe du Ritz Carlton pour voir la vraie vie, côté normal. Nous avons marché environ une heure, aller et retour, et on a été sur une pointe, en face de notre hôtel, d’où on voyait la baie, d’un côté, et l’immense océan de l’autre. Les mots ne suffisent pas pour dire comme l’œil glisse sur cette étendue sans limites. On a vu aussi des petits bouts d’îles émergeant de l’eau, sur différents plans avec différents bleus. J’étais contente de pouvoir bouger et de ne pas rester enfermée avec tous les gros ou maigres riches avachis autour de la piscine. Lors de notre promenade, nous avons vu voler des pélicans, qui ne déploient pas complètement leurs ailes, comme s’ils restaient les bras pliés. Et de superbes fleurs.

 

 

TOURISME

Pendant que Mademoiselle Annie se faisait faire des papouilles à l’institut de beauté, j’ai participé à un tour de découverte de Saint Thomas, en « safari bus ». Ce bus était comme un camion de l’armée, à claire-voie, mais en plus confortable. Vues superbes sur les baies turquoise et les îles au loin, certaines inhabitées. Sur cette île, impossible de faire du vélo ou de marcher, les routes sont incroyablement escarpées, de vraies montagnes russes. Normal, Cuba n’est pas loin J. De grosses Land Rover sillonnent ces routes tortueuses. Tout au sommet de l’île (à Mountain Top), nous nous arrêtons dans un centre commercial dédié aux touristes, et j’achète une cuiller pour une de mes collègues, qui collectionne ces objets venus de tous les coins du monde. Dans ce centre commercial, tout le monde se balade avec un cocktail à la banane, car c’est la boisson avec laquelle on est accueilli à l’entrée.
Lors de ce tour de l’île, j’ai vu des toits bleus, en tuiles vernissées : c’est beau ! J’ai cherché des traces de vie courante, quotidienne : j’ai vu un car de ramassage scolaire rempli d’enfants en uniforme : chemise rose + pantalon rouge : très bouddhique ! Mais je n’ai pas vu de supermarché ordinaire (très certainement car je ne sais pas les reconnaître, ici). J’ai vu de belles maisons avec vue imprenable sur le paysage, dont celle de l’acteur Dean Martin. Certaines maisons se louent jusqu’à 12 000 $ la semaine. Les balcons sont ajourés. Et des maisons mal finies, avec des fers à béton qui dépassent. Mais pas de taudis. Je note, au passage, le nom donné ici aux gendarmes couchés : des « speed bumps », bosses anti-vitesse. Sur la route qui mène de l’hôtel à la capitale, je remarque, à un croisement, un stand vendant des fruits exotiques : des couleurs vives à foison ; je n’ai cependant jamais réussi à le prendre en photo, dommage. Les jeunes hommes ont tous des têtes de rastas, ce qui est relativement logique vu leur histoire ; je me croirais à Londres, mais en plus authentique. Les volumineux cheveux des hommes sont retenus par des filets. Les femmes arborent de magnifiques coiffures, des labyrinthes de tresses sinueuses. On entend, un peu partout, de la musique produite avec des « steel drums », des genres de tonneaux en tôle façonnés pour produite une mélodie plutôt légère. Mais on écoute également du reggae. Je trouve la population assez souriante, pas stressée, mais pas mollassonne non plus. La peau des habitants est noire, certes, mais leurs traits ne sont pas négroïdes.
Je photographie des boîtes aux lettres : celles-ci ressemblent à des ruches, toutes groupées sous un abri.

Le mercredi matin, nous sommes allées à Charlotte Amalie, la capitale, avec une navette de l’hôtel. C’est une toute petite ville, en fait, avec une rue principale uniquement consacrée aux touristes. Il y a au moins vingt bijouteries car la spécialité locale, c’est le diamant vendu hors taxe. Les objets pour touristes sont tous les mêmes, « made in Korea/China » c’est à en pleurer, seuls les prix changent d’un magasin à l’autre. Il y avait un monde fou. Avec Annie, nous avons marché un peu pour sortir de la zone pour touristes débarqués des énormes paquebots stationnant dans le port. Certains de ces bateaux, qui font penser à des immeubles flottants, peuvent accueillir jusqu’à cinq mille passagers, deux mille personnes (personnel) pour servir trois mille nantis (touristes).
Annie, dans son travail, a besoin d’être bien habillée, et nous achetons un ensemble pantalon-chemisier rouge, à la fois élégant et confortable. Près de la caisse, un vase transparent contient des citrons dans de l’eau, et une branche de palmier sert de décoration.
Dans Charlotte Amalie, nous visitons rapidement une église luthérienne, qui ne retient pas franchement notre attention. L’île de St Thomas compte de nombreuses confessions : on peut au moins citer les églises catholique, luthérienne, pentecôtiste, les adventistes du 7e jour.
Nous croisons des Sikhs dans un magasin.
Au-dessus du port de Charlotte Amalie, la colline abrupte porte des ruelles avec des maisons qui étaient en bois, auparavant, et qui, suite à de spectaculaires incendies, ont été reconstruites en brique. Au même moment, les rues ont été élargies, afin d’éviter les risques de propagation des flammes.

Nous sommes frappées par le fait que les feux de circulation sont suspendus sur des câbles, au-dessus du traffic.

Jeudi, excursion sur l’île voisine de St John. On a pris un « water taxi », c’est-à-dire un bateau affrêté spécialement pour notre groupe. Puis un « safari bus » nous a conduits tout autour de l’île, qui est nettement plus vierge que St Thomas. Le conducteur/guide s’arrêtait souvent pour nous montrer des arbustes, un nid de termites (très malodorant), un plant d’ananas sauvages, des acajous, des buissons d’hibiscus, des manguiers ; un arbre auquel les singes ne grimpent pas, car il est couvert d’épines (sand box tree) ; une plante intitulée « touch me not » (ne me touchez pas) car elle se ferme si on la touche. Une espèce intitulée « wild pineapple » (ananas sauvage), qui n’est pas un « ananassier » ; du laurier sauvage, du coton, un amandier à feuilles géantes, de la citronnelle, du citron vert. On a vu des sites exceptionnels, on se croyait au paradis. On a vu, à propos de monde originel, des palmiers qui existent depuis la nuit des temps, et qui sont très différents de ceux qui ont été importés : les palmiers vierges présentent des troncs incroyablement longs, éventuellement courbes, qui se terminent, tout au sommet, par une petite touffe de rien du tout.
La mer est turquoise, car le sable est blanc, sous les flots. Et il est d’une finesse incroyable, ne colle presque pas aux orteils. Annie et moi avions choisi de nous baigner, sur l’île de St John, plutôt que d’aller faire les magasins. Et bien nous en a pris, car nous avons vécu un moment exceptionnel, formidable, sensationnel. Je n’attends qu’une chose, c’est pouvoir revivre ce type d’expérience à cinq, avec ma propre famille : plonger avec masque et tuba et regarder des poissons et des coraux. J’ai vu un poisson de 60 cm, je ne mens pas, qui m’a filé sous le ventre, zoup ! Des bancs de tout minus, par centaines, comme des étoiles filantes (en anglais, un banc de poisson, ça se dit « school » of fish : entre le banc et l’école, n’y aurait-il pas un lien ?). Il y avait des poissons multicolores, d’une beauté saisissante.
En fait, dans le parc naturel de l’île de St John, il y avait une plage aménagée avec un sentier sous-marin qu’on suivait, de la surface et en barbotant avec son tuba, en se laissant balloter par les vagues tout en regardant les copains-poissons s’agiter autour de nous. J’ai vu, également, des oursins géants aux aiguilles menaçantes. Il y a deux sortes de coraux : souples, ou durs. J’en ai vu des souples, violets (vous imaginez ?), qui se balançaient avec souplesse. Ce sentier sous-marin était balisé, avec des plaques à lire sous l’eau, qui expliquaient la vie du corail et des poissons de Trunk Bay. L’endroit était surveillé par un jeune garde bronzé, sur un kayak, qui veillait sans doute à ce que personne ne vole de coraux. L’équipement (palmes, tuba, masque et gilet de sécurité) était prêté. Le vent, toujours fort, agitait pas mal les flots, et on a eu froid au bout d’une heure, sans bouger dans l’eau. Malheureusement, on a dû se dépêcher car nous ne disposions, en tout, que d’une heure trente. Mais ce moment reste gravé dans ma mémoire, synonyme d’émerveillement total.

Sur l’île de St John, les collines sont recouvertes d’une espèce de jungle, mais pas humide, ni haute : plutôt un enchevêtrement de végétaux, avec des lianes dont on fait des paniers. J’ai pu voir un arbre du voyageur, originaire de Madagascar.

Le vendredi, dernier jour complet de présence sur cette île de rêve, nous avons participé à un « sea trekking », une balade à pied sous-marine. Cela se passait dans un centre nautique, où il y avait également une formidable exposition de différents poissons, dans des aquariums, ainsi que de coraux et poissons phosphorescents, enfermés dans l’obscurité pour qu’on puisse mieux les admirer. Nous avons observé une murène, des pieuvres. Nous avons admiré le camouflage des poissons, et les incroyables couleurs qu’ils déploient.
Il s’agissait de revêtir des chaussons de caoutchouc et de se mettre en maillot de bain. Puis le moniteur vous faisait signer une décharge de responsabilité, au bord de l’eau, par laquelle vous déclariez que vous étiez en super bonne santé, surtout sur le plan cardiaque, et qu’en cas de pépin, vous étiez d’accord pour dire que c’était tout de votre faute (évidemment, je plaisante, mais ce que je dis n’est pas loin de la vérité). Ensuite on vous expliquait comment procéder et hop, à la flotte ! Il y avait un moniteur qu’il fallait suivre sous l’eau, en se tenant à une corde, et un autre plongeur qui veillait à la sécurité du groupe. Notre groupe ne comprenait qu’Annie, une Anglaise, et moi-même. Vous allez me dire que je n’ai pas encore expliqué comment on respirait sous l’eau ? Broutille ! En fait, on vous plaçait sur les épaules, juste à votre entrée dans l’eau par une échelle, un énorme casque très lourd du style de ceux que subissent les dames qui vont chez le coiffeur. Par le sommet de casque arrive de l’air sous pression, et cette pression est tellement forte qu’elle empêche l’eau de pénétrer sous le casque, vous préservant ainsi un espace, du sommet du crâne aux clavicules, dans lequel vous respirez normalement. Il suffit de ne pas se pencher en avant, sans cela le nez bute sur la vitre de l’oculaire, et on boit la tasse. Si l’on veut se baisser, il faut s’agenouiller, en restant vertical. Il faut environ trois minutes, à l’entrée dans l’eau, pour s’habituer à ce souffle d’air et à cette pression qui fait presque tourner la tête, mais après, c’est vraiment génial, car le corps est libre. Lorsque je suis entrée dans l’eau, en tenant fortement l’échelle, le plongeur de sécurité me surveillait de près, et m’a demandé de lui faire un signe disant que tout allait bien. Rassurant, de se sentir ainsi prise en charge. Le plongeur-guide, en guise de boutade, nous a dit qu’il parlait couramment le français : normal, il s’exprimait en langue des signes sous-marins. Au début, nous tenions fort la corde de cheminement, arrimée au fond de la mer, mais au bout de cinq minutes, nous nous sommes senties à l’aise et avons profité à fond des vingt minutes passées sous l’eau. Nous avons vu des coraux, des tas de poissons, dont un très long barracuda, dont nous évitâmes la fréquentation assidue. Nous avons touché une anémone de mer, qui s’accroche instantanément à la peau (d’ailleurs je me gratte encore à l’endroit où elle s’est collée sur ma main …). Nous avons aussi touché une créature marine ressemblant à une boule marron, très douce, et le guide nous a montré sa tête et son derrière. Puis nous avons manipulé une araignée de mer. Lorsque un employé du centre maritime est venu verser de la nourriture près de la sortie du « sea trekking », nous avons assisté à une curée incroyable, une densité sidérante de poissons nageant en tous sens.
Je terminerai en disant que cette sortie était offerte par le laboratoire d’Annie, et que c’était un superbe cadeau.

Le chef d’Annie (chef de la zone Europe) a invité tous les Européens, le vendredi soir, à dîner dans un pub irlandais. Drôle de mélange que de planter dans des îles, un décor provenant de terres de brumes. Un chanteur et son micro diffusaient des chansons folk, et je me suis régalée, reprenant avec lui des « tubes » des Dubliners. Pour dîner, je commande une « shepherd’s pie », une espèce de tourte à la viande qui me rappelle mon séjour outre-Manche. Au cours de cette soirée fort chaleureuse, nous avons échangé des adresses, entre Européens, et nous sommes bien jurés de rester en contact. Promesse tenue, en tous cas partiellement, car les CREEZ vont aller chez des Bavarois, en août 2004, et visiter leur belle ville de Neuburg sur le Danube ! !


LE GROUPE DES COLLEGUES DU LABORATOIRE

Ce voyage avait pour but, entre autres, de permettre aux collègues européens et américains d’Annie de se mélanger et de faire vivre une « culture d’entreprise » entre eux. C’est pour cette raison que de nombreuses occasions d’échanges étaient proposées, sous forme d’activités et de dîners, et que notre attention a été fortement concentrée sur cet aspect du voyage.

Le Grec et son épouse ont eu toutes les peines du monde à arriver sur l’île, à cause du vent. Ils ont d’abord eu un problème à Madrid (d’où ils devaient partir pour traverser l’Atlantique) donc ils sont arrivés en retard à Porto Rico. Une fois embarqués à destination de St Thomas, ils n’ont pas pu atterrir tellement le vent soufflait, donc sont retournés à Porto Rico. Ils ont finalement mis deux jours entiers à faire le trajet, et sont arrivés exténués et pas franchement frais.

Globalement, les Européens se sont bien mélangés mais n’ont pas beaucoup parlé avec les Américains qui, quant à eux, sont restés entre eux.
Le deuxième soir du séjour, un repas était organisé, dans un restaurant de l’île, pour les Européens, et le même soir, un autre restaurant accueillait le groupe des Américains. Dans notre restaurant, il y avait beaucoup d’Allemands, les 2 Grecs, les 2 Italiens, les Belges, les Danois et nous. Annie et moi avons eu la chance d’être assises à côté d’un couple et d’un célibataire Américains, tout à fait charmants. Nous avons vraiment passé une super soirée et avons beaucoup ri. Nous sommes repartis légèrement alourdis par quatre plats différents : une entrée, une soupe, une viande garnie et un dessert ! Le restaurant était joli, c’était une ancienne ferme restaurée.

Suite de coïncidences, au sein du groupe des Européens :
- le Danois, Henning et sa femme Lone habitent à deux cents mètres de ma copine allemande Dörte, la seule personne que je connais qui habite le Danemark ! Me voilà maintenant DEUX bonnes raisons de retourner à Copenhague …
- le patron anglais d’Annie, qui dirige le personnel de la Zone Europe, connaît l’AFS, l’association par laquelle je suis partie vivre en Angleterre pendant un an, car le laboratoire a subventionné l’AFS, en des temps anciens …
- le siège du Labo se trouve, aux Etats Unis, à l’endroit où je suis déjà allée voir une copine, près de Philadelphie ; et pourtant, je n’ai pas visité beaucoup de villes, en Pennsylvanie …

J’ai pas mal parlé avec un Ecossais qui a vécu en Nouvelle Zélande, et qui en dit le plus grand bien. Son témoignage correspond au récit d’une Anglaise de mes connaissances, qui y a également habité, et qui s’est sentie très bien là-bas.
Tous les gens qui occupent des postes importants, au sein du Labo, ont séjournée à l’étranger et y ont travaillé. Apologie de l’expatriation, qui vous ouvre nettement les écoutilles !

Le jeudi soir était prévu un dîner de gala. Dans les documents de préparation au départ, il avait été stipulé quelles étaient les tenues qu’il fallait prévoir, et ce soir-là, c’était le summum de l’élégance. Tous les hommes devaient être en costume-cravate (tiens, comme c’est original !). Certaines femmes sont en robe longue. Je ne me sens pas à l’aise, car je ne suis pas assez élégante. Et comme sac à main, je trimbale un mini sac à dos Népalais, pas vraiment de circonstance. Plusieurs taxis nous ont conduits, rigidement endimanchés, dans un restaurant très haut perché, presque au sommet de l’île. L’apéritif était prévu sur les différentes terrasses, et la vue sur le panorama était incroyablement belle, d’une envergure impressionnante. On voyait, en contrebas, les toutes petites villas du bord de mer, puis de micro-îles alentour, puis l’immensité de la mer. La couleur du ciel changeait, au fur et à mesure que l’obscurité gagnait du terrain (la nuit tombe très tôt, aux Caraïbes), et modifiait les contrastes. Un jardin botanique, du restaurant, permettait de découvrir des essences exotiques, révélées par des étiquettes d’identification sur les plantes et les arbres.
Avant le dîner, plusieurs photos ont été prises : d’abord, tous les couples présents, puis des photos de groupe au sens large, puis des clichés des commerciaux uniquement.
A la descente de voiture, on nous a accueillis avec un verre de champagne frais, puis un apéritif a été servi, puis un dîner. Vous pouvez imaginer que nos estomacs furent bien remplis ! Des discours de remerciement et de louanges ont été donnés, chaque commercial méritant s’est vu remettre une médaille par la directrice du Labo (à chaque remise, prise de photo aux côtés du chef du bon élève). Enfin, un peu de danse a permis à chacun d’entamer une digestion un peu dynamique, et puis de lâcher notre comportement un peu emprunté. Par contraste avec le début de la soirée, certaines femmes dansent pieds nus. Les musiciens étaient de bons artistes de jazz. Evidemment, pas de DJ miteux sorti d’une salle de province, priant pour que sa platine ne fasse pas sauter les disques ; nous écoutions de vrais musiciens, en chair et en os !

Parmi les Américains, tous les participants du Labo ont remarqué un couple, que nous avons baptisés Barbie et Ken. Annie et moi ne leur avons jamais parlé, et nous avons sans doute eu tort ; par contre, nous avons beaucoup parlé d’eux entre Européens. Ils incarnaient pour nous l’archétype du couple amoureux (à l’extrême), très démonstratif et, surtout, Madame ressemblait vraiment à une poupée Barbie : un corps parfait, la quarantaine et la blondeur rayonnantes, les seins parfaitement siliconés, les yeux aguicheurs, tout pour alpaguer (et garder !) Ken qui, lui, aurait bien eu besoin de se muscler les abdominaux pour contenir sa bedaine débordante. Mais il avait les yeux bleus, que voulez-vous, c’est en cela qu’il se rapprochait de son modèle en plastique … Sans compter qu’il savait rudement bien mâcher ses chewing gums.

LES GATERIES DE PAPA LABO

Je vous dresse ci-dessous l’inventaire de toutes les gâteries que le laboratoire où travaille Annie a concoctées pour ses chers commerciaux. Je me garde de tout commentaire, mais tiens quand même à souligner qu’elle en a pris pour dix ans, Annie, et qu’elle n’est sans doute pas prête de revivre une telle succession de cadeaux.

On nous a distribué (même à moi) des cartes de téléphone prépayées, pour pouvoir appeler nos proches. On compose, de l’hôtel, un numéro commençant par 800, inscrit sur ladite carte, puis un code (zip) propre à chaque carte prépayée, et on enchaîne avec le numéro du correspondant qu’on veut joindre.

J’ai oublié de préciser qu’avant le départ, on nous a adressé un formulaire dans lequel nous devions indiquer notre choix d’activités, offertes par l’employeur d’Annie ; c’est ainsi que, grâce à la générosité de Papa Labo, j’ai pu faire un tour de l’île de St Thomas, et faire un tour de « sea trekking ». La journée sur l’île de St John était également incluse dans le paquet cadeau. Sans compter la possibilité, à tout instant, de commander une boisson, un cocktail, ou un repas, dans les restaurants de l’hôtel ou au bord de la piscine.

Le premier soir, Annie a trouvé un cadeau dans sa chambre, à son retour du premier dîner : un plateau en forme de poisson très coloré, garni de deux bananes, d’une mangue, d’un citron, de Brie danois et de crackers.

Un autre soir, Annie s’est vue offrir un petit poisson en verre.

Autre gâterie : le dernier cadeau a été une photo de groupe, prise lors du dîner de gala du jeudi soir, et une photo d’Annie et moi (qui lui servait d’ « accompagnateur »), enchâssée dans un cadre en verre super lourd. Pratique, dans les bagages …

Enfin, nous n’avons pas pu profiter d’une belle gâterie, à cause du mauvais temps et du vilain vent : il était prévu une croisière, en yacht, vers une île britannique voisine, Jost Van Dyke. La sortie en mer, initialement prévue en creux de semaine, a dû être reportée au samedi, le jour de notre départ, nous qui quittions le groupe un jour avant les autres. Annie a été très déçue de rater ce tour en bateau. Nous avons accompagné nos amis sur la plage, pour leur départ, et sommes restées à terre.

LE VOYAGE DU RETOUR

Nous arrivons à l’aéroport en taxi et, chutant de la planète Luxe, trouvons un aéroport bondé, en réparations, ce qui nous oblige à traîner misérablement nos bagages à travers la douane. Le statut de Business Class peut toujours aller se faire voir. Comme à l’aller, il faut que chacun se déchausse, s’il porte des chaussures fermées du style bottes, pour détecter d’éventuelles armes, bombes, ou autres joujoux.

Nous quittons l’atmosphère et les paysages des Caraïbes avec un pincement de cœur, mais sommes fascinées par le spectacle du soir qui s’offre à nous : d’un côté de l’avion, c’est la pleine lune, de l’autre côté, le soleil se couche, et, tout en-dessous, la mer.

Lorsque le vol commence, il n’y a plus d’instructions de sécurité dispensées par les stewards ou les hôtesses : elles sont remplacées par une vidéo.

Regardant autour de nous, nous nous disons que, finalement, en classe Affaires, les gens sont plutôt habillés relax, et sont assez jeunes. Il ne s’agit pas forcément de businessmen stressés et tendus, ayant avalé leur parapluie.

Lors du vol St Thomas - New York, nous entamons la conversation avec le steward, un Niçois qui vit soit à New York, soit à Miami (il possède un pied-à-terre aux deux endroits). Il nous raconte, en particulier, comment les employés des compagnies aériennes font leurs courses aux quatre coins de la planète et s’échangent de bons tuyaux en matière de consommation.

A la différence du vol aller, nous passons cette fois par New York. Nous allons visiter le salon d’attente de la classe Affaires, l’Admiral’s Club de la métropole, qui nous plaît moins que celui de Paris. Que voulez-vous, nous devenons difficiles, à force… Nous y buvons du jus de canneberge, autrement appelée airelle cousinette (« cranberry » en anglais), un peu acidulé ; j’adore. C’est vrai qu’on n’en trouve pas à tous les coins de rue, en France.

Dans l’avion, on nous sert à nouveau un assortiment de noix, noisettes, tièdes en début de repas. Nos silhouettes s’en souviendront.

Nous passons une nuit dans l’avion et arrivons plus ou moins à dormir. A nouveau, on nous offre une petite trousse de confort, que nous acceptons avec plaisir.

Le reste du retour est une succession d’attente, dans un Paris glauque et plein de monde ; les derniers kilomètres, dans le TGV, sont bouillonnants d’impatience. Une fois à Lyon, il faut encore prendre un taxi jusque chez Annie, puis sa voiture pour nous rendre à Rive de Giers où Annie retrouve sa fille et ses parents, et où Rodéric et mes enfants m’attendent. Quelle joie de les retrouver !

Et l’éternel problème : COMMENT raconter tout ce qu’on rapporte dans nos esprits ?

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